Suicide au lycée,

postvention :

à moyen terme,

prévention du suicide

 

De la postvention du suicide

à la prévention à moyen terme et à l'évaluation

Révision : 26.12.2011   Translate

 

Trois points essentiels :

• La postvention doit continuer pendant plusieurs mois.
• L’efficacité de la postvention se juge à moyen terme.
• Les grilles d’évaluation proposées permettent d’organiser des comparaisons.

 
 
 

L'action à moyen terme

La durée du deuil varie beaucoup d'une personne à l'autre. L'infirmière scolaire, les autres intervenants professionnels et les associations d'endeuillés vont jouer un rôle accru tandis que le comité de crise va s'effacer.

La postvention ne se limite pas à quelques heures. Elle s'étend sur plusieurs mois (Leenaars 1999). 
Elle rejoint alors la prévention, dont les bases sont exposées dans la Page

Prévention du suicide

Certains élèves consulteront L'Internet, où le moteur de recherches Google propose, le8 août 2011, plus de 219 millions de pages ou forums sur le suicide. Dans les forums et dans la plupart des Pages, ils auront la surprise de ne trouver aucune raison de vivre, mais un monotone encouragement à se tuer sans dire pourquoi, et une litanie morbide des procédés.

Les sites qui visent la prévention sont bien moins nombreux : près de 2.600.000.
(Voir Agir pour la santé mentale : prévention par Internet et
Suicide, prévention : parler de suicide avec un adolescent à risque)

Le site Slovène "C'est moi" offre des informations et un forum animé anonymement par 14 professionnels bénévoles. Ce site est ouvert aux questions habituelles des adolescents sur l'amour et les consommations à risques. Il y trouve les occasions de développer l'estime de soi. Il est soutenu par les 75 écoles primaires et secondaires de la région de Celje (300.000 habitants). Il reçoit 150 visites par jour et plus d'un million de ses pages ont été lues en deux ans (Podkrajsek 2003).

Au lycée, il est bon que les élèves proposent des initiatives mais le comité dissuade de dédier à la victime un événement sportif. une plaque, un arbre, une manifestation anniversaire ou une bourse. La victime est respectée, mais pas idéalisée.
Si une collecte est proposée, qu'elle serve plutôt aux frais d'obsèques ou à ceux d'une ligne d'écoute téléphonique.

Là où une infirmière scolaire ne serait pas disponible, y met-on en vue des cartons donnant aux élèves en désarroi le numéro de téléphone d'associations accréditées ?
Y mettrait-on un local à la disposition de l'élève qui appellerait à l'aide un bénévole formé (Emme 1999) ou un professionnel ?
Les élèves à risques y sont-ils repérés et leurs parents contactés ?

Ultérieurement, les entretiens s'orienteront vers la prévention de l'ensemble des conduites à risques et vers la santé mentale.

Fait-il bon vivre au collège ou au lycée ?

À mi-chemin de la postvention et de la prévention, je suggère aux établissements atteints par le suicide d'organiser, dans une classe épargnée, des groupes de discussion d'une ou deux heures, comme ceux qui ont préparé le sondage sur les motifs conscients pour refuser le suicide :
Suicide, prévention : raisons de vivre déclarées

Il s'agirait de préparer un sondage anonyme et naturellement facultatif, en vue de comprendre pourquoi la plupart des gens ne se suicident pas : un groupe d'élèves élaborerait une vingtaine de raisons de vivre, c'est-à-dire de motifs pour ne pas se suicider. Il ne s'agirait pas de leurs motifs personnels mais plutôt des motifs les plus adéquats pour bâtir un questionnaire.

L'animateur aurait le simple rôle de les amener à clarifier leurs expressions et finalement à voter pour leurs motifs préférés. L'expérience montre que, pris isolément, chacun ne trouve guère qu'un motif, et confusément exprimé.
Le rôle du groupe est décisif pour que de nombreux motifs soient énoncés.
Ensuite, avec l'accord des parents, le questionnaire serait mis en oeuvre dans des classes volontaires.

Les enseignants de la classe ultérieure auront lieu d'être associés à l'action à moyen terme. Cette classe enverra une carte postale anniversaire aux parents du défunt.

 

La valeur curative et préventive de la postvention

L'auteur du site est à la disposition des établissements qui voudraient évaluer l'efficacité de ces groupes, sachant qu'une évaluation se prépare à l'avance. Depuis la création du terme de "postvention" par Schneidman en 1968, la mise en pratique et l'évaluation n'ont progressé que lentement.

Les résultats négatifs de Hazell 1993 ont été critiqués par Leenars 1999.
Des effets négatifs puis positifs après correction technique ont été rapportés par Callahan 1996. 

Des faits encourageants ont été publiés par Poijula, Dyregrov 2001, mais la preuve reste à faire pour Goldney et Berman 1996 comme pour Leenars 1999.
Celui-ci souligne qu'il faut s'entendre sur ce qu'on appelle postvention et que l'action, loin de se limiter aux premières heures, doit se prolonger durant plusieurs mois.

Les responsables d'un établissement d'enseignement qui voudront évaluer leur postvention ne répondront pas à toutes les questions. Par exemple, démontrer que la postvention prévient des suicides dépasse leurs possibilités. Une grille d'évaluation leur est proposée ci-dessous.

Évaluer la postvention au lycée

L’efficacité d’une postvention après un suicide ou après un autre décès de lycéen s’évalue surtout à moyen terme. Trois grilles sont proposées ci-dessous : l’évaluation à long terme, l’enquête de satisfaction dans l’immédiat, enfin l’évaluation du processus, c’est-à-dire la vérification des actions initiées dès la rumeur du décès.

1, L’évaluation à moyen terme

Elle se situera plusieurs mois après le décès, selon ce qu’imposera le calendrier scolaire.
Elle interrogera séparément les élèves et les personnels concernés sur leur vécu personnel et sur la vie collective.

À la suite du décès d’un élève, des interventions ont eu lieu dans l’établissement. Est-ce que j’attribue à ces interventions de bons effets pour moi-même et pour la vie collective ?

• Pour moi-même ?

- J’ai moins de difficulté à parler de ce deuil : à mes proches ou à un professionnel.
- Je me pose moins de questions sur le pourquoi de cette mort.
- L’idée de mourir à mon tour ne me revient plus.
- L’avenir me fait moins peur.
- J’ai retrouvé un sens à ma vie.
- Je vis davantage en confiance.
- J’essaye qu’il fasse bon vivre autour de moi.

• Pour la vie collective ?
- Il y a moins d’agressivité.
- Il y a davantage de projets collectifs.
- Il fait bon vivre dans ce lycée.

2, Ai-je été satisfait de ce qui a été proposé dans l’immédiat ?

- Les personnes qui sont intervenues ont-elles répondu à mes questions ?
- Nous avons été invités à réfléchir en groupes. Combien d’élèves aurais-je souhaité    que contienne chaque groupe ?
- Ces interventions m’ont-elles mis plus à l’aise pour en parler :
    à mes parents ?
    à un autre adulte ?
    à un professionnel ?

3, L’évaluation du processus

-S’était-on préparé à l’avance ?
Les ressources disponibles hors de l’établissement avaient-elles été identifiées ?
Un comité de préparation s’était-il réuni ?
Avait-il constitué un comité de crise, ayant un porte-parole ?
Des lettres aux personnels et aux parents d’élèves avaient-elles été préparées ?

- A-t-on réagi sans délai ?
A-t-on vérifié si le décès a été classé comme mort naturelle ?

- Une visite immédiate à la famille a-t-elle abouti à un accord sur ce qui serait dit ?
La famille a-t-elle été incitée à mettre à l’écart tout ce qui pourrait servir à s'enlever la vie ?
Les lettres aux personnels et aux parents d’élèves ont-elles été signées et distribuées aussitôt ?

- Quelle première information a été donnée aux personnels et aux élèves ?
Les élèves et les personnels les plus vulnérables ont-ils été dépistés et rencontrés individuellement ?

- Des groupes de dimension modérée, excluant la hiérarchie et les perturbateurs, ont-ils été convoqués ?
Ces groupes ont-ils été assurés de la confidentialité et de la liberté de s’exprimer sans s’exposer à la moindre critique ?
Un observateur muet assistait-il l’animateur ?

- Le suicide a-t-il été envisagé comme une supposition et non comme une certitude ?
Les participants se sont-ils suffisamment exprimés ?
Les élèves ont-ils été mis en garde au sujet des questions des journalistes et des réponses de l’Internet ?

- Le groupe a-t-il délibéré : comment manifester sa sympathie à la famille, comment préparer les obsèques, que faire de la place de l’élève dans la classe ?
A-t-on évité qu’un camarade du défunt rentre le soir dans une maison vide ?

- Des contacts ont-ils été pris aussitôt avec les établissements où étudient les frères et sœurs du défunt ?
Pour les élèves d’autres classes, des groupes de réflexion ont-ils été proposés sur les raisons de vivre ?

- Après l’intervention en crise, comment la postvention s’est-elle inscrite dans la durée ?
Dans l’établissement, quelles mesures ont été prises pour qu’il y fasse bon vivre ?
Une concertation entre chefs d’établissements a-t-elle débuté, à propos de postvention et d’évaluation ?

L’évaluation ne serait convaincante que préparée d’avance et en comparant les établissements qui feront ou non des actions définies. Par exemple, en comparant les évaluations dans les établissements qui se seront ou non préparés à l’avance ; et les établissements qui se seront contentés ou non d’une intervention ponctuelle sans suivi.

Ce serait éthique. En effet, tant qu'il n'est pas encore démontré que la postvention soit efficace, il ne serait pas éthique de choisir une action plutôt qu'une autre sans comparaison organisée. C'est selon de tels principes que progresse la science thérapeutique.

REFERENCES

 

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