|
Un second résultat de
lenquête de Mercy est que la révélation
dun suicide na plus été contagieuse,
mais protectrice :
quand le défunt, au lieu dêtre un parent,
était seulement un ami ou autre relation,
et quand son suicide était ancien de plus dun
an :
autrement dit, quand la distance temporelle et émotionnelle
était importante.
Lodds-ratio tombait alors à 0,5 chance contre
une, de façon significative (9).
Linterprétation
des auteurs est que les personnes étaient protégées
en devenant davantage conscientes des conséquences
négatives du suicide.
On peut se demander si leur méditation se limitait
aux conséquences négatives ou si, plus positivement,
ces personnes étaient amenées à réfléchir
à leurs raisons de vivre.
(Voir Suicide, prévention :
raisons de vivre déclarées)
L'ensemble de la population
pourrait davantage bénéficier de "protection"
que risquer la "contagion", me semble-t-il.
En effet, les suicides dont la plupart des personnes ont connaissance
ne concernent pas des proches.
L'effet protecteur me paraît
également à l'oeuvre dans les groupes d'entraide
des personnes en deuil après suicides.
Des idées de suicide avaient probablement traversé
la moitié des personnes amenées à ces
groupes. Jai interrogé E. Dunne, qui promeut
ces groupes depuis une vingtaine dannées. Il
ma répondu quaussi loin quil sen
souvienne, il na entendu parler, indirectement, que
dun seul suicide. Sil dit vrai, les participants
ont bénéficié dun effet protecteur
massif. Chacun y a été informé des suicides
de plusieurs personnes avec lesquelles il n'avait pas de lien
affectif, autrement dit avec lesquelles sa "distance
temporelle et émotionnelle" était importante.
Chacun a pu aussi réaliser quel effet dévastateur
sur ses proches aurait son propre suicide. Quand les groupes
dentraide se développent à la mesure des
énormes besoins, il me semble qu'ils préviennent
bien davantage de suicides que les trop rares groupes animés
par des professionnels.
|