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En
vue de la prévention dans la population générale,
les faits de protection viennent à lappui
de ce que recommandent les psychiatres unanimes : ne
jamais avoir peur de parler du suicide.
La prévention de la
contagion des suicides relatés par les
médias a réussi peu à peu
dans la presse écrite, notamment en Autriche et en
Nouvelle-Zélande, où les journalistes ont
commencé par répondre quon voulait étrangler
la liberté de la presse et que le gouvernement ne
devait pas leur dicter ce quils ont à faire
(Cotter 1999). On a fini par se comprendre en ne parlant
plus de directives, mais de ressources.
À Vienne, lAssociation
autrichienne pour la prévention du suicide a proposé
à lensemble des journalistes, en juin 1987, de
se concerter pour remplacer les articles à sensation
en première page par le silence ou par des mentions
brèves. Les journalistes ont convenu entre eux de jouer
le jeu. Le nombre de suicides dans le métro est tombé
de 9 à 2 par semestre, pendant plus de trois
ans.
La relation de cause à effet entre le revirement des
journalistes et la raréfaction des suicides n'est pas
démontrée, puisqu'il n'y a eu qu'une seule concordance
chronologique. C'est l'effet de contagion démontré
par la télévision allemande qui plaide en faveur
de cette relation.
À Vienne, le nombre des suicides par dautres
moyens na pas augmenté, après le revirement
des journalistes, mais il a diminué de 13% (Etzersdorfer).
Ce dernier résultat peut sinterpréter
par leffet protecteur découvert par
Mercy, de la révélation des suicides quand ils
frappaient des personnes qui n'étaient pas proches
affectivement.
Ces résultats ont
encouragé lAmerican Association of Suicidology
à une démarche commune avec des organismes
publics américains, suédois et néo-zélandais
(Centers for Disease Control) pour prier les journalistes
d'adopter les précautions suivantes dans la presse
écrite :
- ne pas titrer en première page, surtout si le défunt
est une célébrité ;
se borner à titrer Untel, mort
à 36 ans ;
- dans le texte, dire éventuellement quil est
mort par suicide, et éviter les détails sur
le procédé ;
- ne pas présenter le suicidé comme un héros,
dans un style romantique ;
- ne pas présenter lacte comme inexplicable
chez une personne en pleine réussite, même
si cétait ce qu'avaient dit ses proches dans
leur détresse ;
- s'enquérir sur lexistence dune dépression,
dun autre trouble psychique curable, ou dune
dépendance à lalcool ou à une
drogue ;
- ne pas incriminer un tiers ni une seule cause, car un
suicide na que rarement une seule cause ;
- ne pas se presser de parler dépidémie
dès que le taux de suicide paraît en augmentation ;
Les journalistes et producteurs
de la télévision ont sujet dêtre
informés de ces propositions.
Les résultats ont
été au rendez-vous : l'effet de contagion
a été très fortement réduit
quand les récits de presse ont insisté sur
les aspects négatifs des suicides (Stack 2005).
Sur Internet, les messages de contagion sont lécrasante
minorité face aux documents de prévention. Toutefois,
un annuaire comme Yahoo manifeste son intention de prévention
en présentant en première ligne les sites correspondants.
Ce n'est pas le cas de l'annuaire Open Diectory. Le moteur
de recherche Google en français donne une priorité
aux sites de prévention.
On ne peut pas vérifier lhypothèse selon
laquelle les documents qui incitent au suicide auraient un
effet protecteur chez une partie des internautes. Hypothèse
peu probable, tant le débat sur les raisons de mourir
ou de vivre y fait défaut.
CONCLUSIONS
Selon les situations, subir
la révélation dun suicide rend probable
soit une contagion,
soit une protection.
Ces situations
sont :
- que la personne suicidée soit ou non proche
affectivement ;
- que ce suicide soit récent
ou non ;
- que celui qui subit la révélation soit
jeune ou non ;
- les circonstances
de la révélation
- ou la manière
dont celle-ci est traitée par les médias,
comme on l'a observé après le revirement des
journalistes autrichiens.
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