Suicides : prévention

de la contagion

 

Prévention de la contagion du suicide
dans les groupes d'entraide des personnes en deuil
et dans la population générale

Révision : 26.12.2011   Translate

 

Trois points essentiels :

• L’entraide entre personnes en deuil après suicides les protège de la contagion.
Ne jamais avoir peur de parler du suicide.
• Des journalistes ont heureusement amendé leur manière de relater les suicides.

 
 
 

• Les groupes de parole en vue de l’entraide des “survivants”, c'est-à-dire des personnes endeuillées par des suicides, ne doivent pas ignorer le risque de suicide d’un de leurs membres. Ce risque est accru en cas de dépression ou d’alcoolisation importante. En France, les psychiatres et les psychologues objectent ce risque aux groupes qui se réuniraient en leur absence.

Une précaution utile pour les groupes de personnes en deuil
(Voir Partager les deuils après suicide : groupes d'entraide) serait de n’admettre un endeuillé dans un groupe que si son médecin certifie l’absence de contre-indication (telle que des idées suicidaires exprimées, une dépression antérieure au deuil ou une dépendance à l'alcool ou à une drogue). Cette précaution n’est pas proposée en Amérique.
Ces endeuillés déménagent assez souvent. Est-ce un indice du risque de contagion ?

Les groupes d’entraide qui réunissent ces endeuillés bénéficient-ils de “l’effet protecteur” de la révélation d’un suicide, décrit dans la Page Suicides : révélations non contagieuses, mais protectrices ?

C’est plausible, puisque chaque participant y écoute les récits concernant des suicidés qui ne leur sont pas proches affectivement ; et qu’il en constate les “conséquences négatives” pour chacun des participants.

Si l’American Association of Suicidology, dirigée par des psychiatres et des psychologues, est favorable à ces groupes (Dunne), considérant qu’ils diminuent le risque de suicide chez les “survivants”, on peut se demander si ce n’est pas une application de “l’effet protecteur”. L’association estime même que, si un membre d'un groupe se suicide, ce n’est pas un motif suffisant pour cesser de réunir le groupe.

Toutefois, l’association n’a pas encore été capable de produire une statistique comparant l'incidence des suicides parmi ces groupes d'entraide et parmi les autres "survivants".
Elle se fonde sur ce que beaucoup de participants des groupes ont déclaré avoir renoncé à des projets de suicide.

En France, les groupes ne pourront pas comparer le nombre de suicides chez leurs membres à un groupe témoin, à cause du secret imposé ici sur la nature suicidaire des décès.

En vue d’évaluer leur action, les animateurs de ces groupes pourront demander aux participants, le moment venu, s’ils ont changé d’idée : à propos de rupture du couple, de déménagement, de recours à l’alcool ou aux drogues, enfin de suicide.

Des critères leur sont proposés dans la Page de ce site consacrée à
Deuils après suicides : évaluer les services rendus par les postvention

 

• En vue de la prévention dans la population générale,

Les faits de protection viennent à l’appui de ce que recommandent les psychiatres unanimes : ne jamais avoir peur de parler du suicide.

La prévention de la contagion des suicides relatés par les médias a réussi peu à peu dans la presse écrite, notamment en Autriche et en Nouvelle-Zélande, où les journalistes ont commencé par répondre qu’on voulait étrangler la liberté de la presse et que le gouvernement ne devait pas leur dicter ce qu’ils ont à faire (Cotter 1999). On a fini par se comprendre en ne parlant plus de “directives”, mais de “ressources”.

À Vienne, l’Association autrichienne pour la prévention du suicide a proposé à l’ensemble des journalistes, en juin 1987, de se concerter pour remplacer les articles à sensation en première page par le silence ou par des mentions brèves. Les journalistes ont convenu entre eux de jouer le jeu. Le nombre de suicides dans le métro est tombé de 9 à 2 par semestre, pendant plus de trois ans.

La relation de cause à effet entre le revirement des journalistes et la raréfaction des suicides n'est pas démontrée, puisqu'il n'y a eu qu'une seule concordance chronologique, à la différence de la contagion déterminée par la télévision allemande.

À Vienne, le nombre des suicides par d’autres moyens n’a pas augmenté, après le revirement des journalistes, mais il a diminué de 13% (Etzersdorfer). Ce dernier résultat peut s’interpréter par l’effet “protecteur” découvert par Mercy.

Ces résultats ont encouragé l’American Association of Suicidology à une démarche commune avec des organismes publics américains, suédois et néo-zélandais (Centers for Disease Control) pour prier les journalistes d'adopter les précautions suivantes dans la presse écrite :

- ne pas titrer en première page, surtout si le défunt est une célébrité ;
   se borner à titrer “Untel, mort à 36 ans” ;
- dans le texte, dire éventuellement qu’il est mort par suicide, et éviter les détails sur le procédé ;
- ne pas présenter le suicidé comme un héros, dans un style romantique ;

- ne pas présenter l’acte comme inexplicable chez une personne en pleine réussite, même si c’était ce qu'avaient dit ses proches dans leur détresse ;
- s'enquérir sur l’existence d’une dépression, d’un autre trouble psychique curable, ou d’une dépendance à l’alcool ou à une drogue ;

- ne pas incriminer un tiers ni une seule cause, car un suicide n’a que rarement une seule cause ;
- ne pas se presser de parler d’épidémie dès que le taux de suicide paraît en augmentation ;

Les journalistes et producteurs de la télévision ont sujet d’être informés de ces propositions.

Les résultats ont été au rendez-vous : l'effet de contagion a été très fortement réduit quand les récits de presse ont insisté sur les aspects négatifs des suicides (Stack 2005).

• Sur Internet, les messages qui incitent au suicide sont l’écrasante majorité face aux documents de prévention. Toutefois, un annuaire comme Yahoo manifeste son intention de prévention en présentant en première ligne les sites correspondants. Ce n'est pas le cas de l'annuaire Open Directory. Le moteur de recherche Google en français donne une priorité aux sites de prévention.

On ne peut pas vérifier l’hypothèse selon laquelle les documents qui relatent des suicides auraient un effet protecteur.

CONCLUSIONS

Selon les situations, subir la révélation d’un suicide rend probable soit une contagion, soit une protection. Ces situations sont :

- que la personne suicidée soit ou non proche affectivement ;
- que ce suicide soit récent ou non ;
- que celui qui subit la révélation soit jeune ou non ;

- les circonstances de la révélation
- ou la manière dont celle-ci est traitée par les médias,
comme on l'a observé après le revirement des journalistes autrichiens.

REFERENCES

 

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