Au téléphone,
après les premiers jours, je ne demande pas à
l'endeuillé comment il va.
J'évoque plutôt les souvenirs de la
vie du disparu, sans m'effrayer d'avoir fait revenir les
pleurs.
Un quart des suicides sont
venus d'une impulsion irréfléchie.
On s'en est aperçu en interrogeant ceux qui se
sont ratés de peu (Simon 2002).
Beaucoup d'autres suicides sont venus d'une dépression,
d'un alcoolisme ou d'autres atteintes mentales.
J'attire l'attention des
survivants sur le deuil des enfants, ici les soeurs
et frères de l'adolescent suicidé. Loin de
les mettre à l'écart, il faut leur parler
du disparu et plus tard les inciter à dessiner leur
famille.
Il faut les associer aux actes funéraires, vivre
les émotions en famille.
Un enfant n'imagine pas, d'habitude, que la mort soit générale
et irréversible.
Il a moins peur de la mort
que d'être abandonné.
Il se sent abandonné par le disparu et il redoute
que, par contagion, un parent ne meure et ne l'abandonne aussi.
Il demande à rejoindre le disparu. D'autre part, un
sentiment de culpabilité l'envahit : les bêtises
qu'il a commises et que le disparu lui a reprochées
n'ont-elles pas été la cause du désespoir
?
Il faut donc rassurer
l'enfant sur ces points, lui répéter qu'il
n'est responsable en rien, que le disparu souffrait immensément
avant de se donner la mort mais qu'il était plein
d'amour. Répéter encore que la famille continuera
à aimer le disparu de tout son cur et ne l'oubliera
jamais.
Par la suite, l'enfant recevra
des photos et des objets familiers du disparu. Il pourra les
conserver dans une "boîte de mémoire".
Les parents confirmeront par écrit à l'enfant
ce qu'ils lui auront dit.
L'enfant en deuil a un comportement
instable et difficile. Il se porte mal.
À ses parents d'en avertit les enseignants et éventuellement
d'attirer l'attention d'un thérapeute sur une ambivalence,
des conduites d'échec, une humeur cyclothymique évocatrice
d'une hérédité dépressive.
Quantité d'autres indications
se trouvent dans les livres, cités aux Références,
du Dr. Christophe Fauré et du Dr. Michel Hanus,
qui anime l'association Vivre son deuil.
Aux adultes endeuillés,
j'indique aussi les numéros des lignes
d'écoute téléphonique.
Mieux, plusieurs associations invitent les endeuillés
à se réunir, au bout de six mois de préférence,
pour partager leurs émotions. Ces groupes
de parole mêlent des personnes à
différentes étapes de leurs deuils en présence
de professionnels expérimentés. Citons à
Paris:
- Phare Enfants-Parents : 01 42 66 55 55.
- Vivre son deuil : 01 42 38 08 08
- Suicide Écoute : 01 45 39 40 00
- SOS Suicide Phénix : 01 45 42 45 88.
- Recherche et Rencontres : 01 42 78 79 10.
- Association François-Xavier Bagnoud : 01 44 37 92 00.
Il est souhaitable que cette
entraide se poursuive au moins un an.
Malheureusement, les personnes
qui bénéficient de ces groupes ne sont qu'un
nombre infime, alors que les 12 000 suicides annuels
endeuillent plus de 50.000 personnes. Pour la plupart la
moins mauvaise issue est de recevoir pendant les six premiers
mois le soutien de leur entourage et de thérapeutes
professionnels.
Ensuite, de retrouver un sens
à leur vie en groupes
d'entraide sans que les professionnels en prennent
ombrage, comme c'est le cas en Amérique du nord.
Aux endeuillés de
ne pas laisser à la maison d'arme à feu, de
munitions ni de produits toxiques.
Si le défunt était
lycéen ou étudiant, le directeur de l'établissement
se mettrait, lui aussi, dans une position intenable en gardant
le silence. Des gens pourraient dire que l'établissement
a autre chose à dissimuler. Surtout, des mesures précises
de "postvention"
s'imposent dès le premier jour pour prévenir
une épidémie de suicides.
REFERENCES
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