Suicide, prévention :

parler à l'adolescent

en crise qui s'entête

 

Ecouter l'adolescent,
manifester que je tiens à lui,
trouver des appuis.

Révision : 17.07.2010  Translate

 

Quatre points essentiels :

• Ce qui le soulagera le mieux, ce n’est pas ce que je lui dirai, mais ce qu’il me dira.
• Quelqu’un tient-il à lui ?
• Dans sa souffrance, y a-t-il une part maladive, nécessitant un diagnostic ?
• Je ne le laisse pas seul, avant comme après les soins.

 
 
Avec chaleur et calme, je l'ai longuement écouté exprimer sa souffrance, mais sans jamais le forcer.
Après la perte d'un être aimé, de l'estime de soi, d'un acquis, d'un rêve, c'est la vie elle-même qui perd son sens.
Il juge sa situation impossible, il en a assez de souffrir.
Parfois, il se figure que sa mort, ou la menace de sa mort pèsera sur des événements comme son projet de vacances ou réunir ses parents. Ou qu'elle arrangera bien du monde.
Ailleurs, il se représente son suicide comme une vengeance, ou comme un service à une cause, mais alors il est rare qu'il l'annonce.
En l'écoutant, j'ai pourtant l'impression qu'elle (ou il) ne veut pas vraiment mourir, mais plutôt : vérifier qu'on tient à elle, influencer le père d'un futur bébé, prouver son amour à celui qui l'a quittée, faire peur, appeler à l'aide sans avoir trouvé les mots pour cela. Peut-être, mais qui sait si la tentative spectaculaire ne sera pas fatale ?

Quand c'est mon tour de lui parler, je me pose en miroir plutôt qu'en contradicteur : « C'est vrai que tu souffres. Tu as eu raison de me dire ce que tu éprouves. Je te remercie de ta confiance. »
Je reformule les sentiments qu'elle ou il exprime. S'il est persuadé d'être compris dans son désir de mort, il en résulte un soulagement. J'amène ainsi le sentiment de solitude à se dissoudre (Orbach, BouliAna).

Une fois établi un lien affectif, il m'est permis d'aller plus loin, par remarques espacées de silences : « La mort te fascine, mais est-ce qu'il n'y a pas eu des moments où tu te sentais moins mal ? Cela peut revenir, d'ici que nous nous retrouvions. Qu'est-ce qui pourrait te donner une raison de vivre ?
Rappelle-toi tout ce que tu as déjà réussi dans ta vie ! Est-ce qu'il ne te reste pas plein de choses à vivre ? La vie, c'est pour la vie, dit-on au Canada.
Que veux-tu, au fond ? Mourir, ou plutôt vivre autrement ? Tu n'as pas peur de la mort, mais est-ce que tu n'as pas une frayeur de la vie ? 
Imagine que cela arrive, qu'est-ce qui se passerait ? Sûr que tu aurais fini de souffrir ? Pour bénéficier d’un soulagement, il faudrait que tu sois vivant.
Surtout, j'ai la certitude qu'il y a quelqu'un, un être vivant, qui tient à toi, qui tient à ta vie. Si c'est le cas, j'imagine quelle peine lui ferait ta perte. Y a-t-il d'autre personnes que moi en qui tu aies confiance ? »

« Sinon, en appelant tel numéro de téléphone, à n'importe quelle heure, tu pourras te confier discrètement à quelqu'un qui a déjà approché d'autres personnes désespérées, et qui aura tout le temps de t'écouter. »

« J'ai l'impression que tu traverses une crise. Peut-être es-tu paralysé pour imaginer une autre solution ?
Peut-être es-tu malade de dépression ? Reconnaître si tu es en bonne santé ou si tu souffres de cette maladie pour le moment, c'est trop difficile pour toi comme pour moi : c'est le rôle de ton médecin. Par exemple, la dépression est une maladie aussi répandue que le diabète. Le médecin généraliste ou le psychiatre la guérit très bien au bout de quelques semaines.
On croit que le psychiatre, c'est le médecin des fous. En réalité, les trois quarts de ses clients sont tout simplement des gens qui souffrent de dépression ou d'une crise comme la tienne.
C'est à lui que, tu pourrais expliquer pourquoi tu souffres tant et il saura t'aider à trouver ta solution.
Si tu n'as pas déjà d'adresse, voici un ou deux numéros de téléphone.
Veux-tu appeler toi-même, je reste à côté ? »

Redisons-le, en l'orientant vers un professionnel, je ne dois pas lui donner l'impression de l'abandonner. Si possible, je m'arrange pour qu'il dispose d'un téléphone portable.

 

Ainsi, je lui répète ma certitude que quelqu'un peut l'aider d'une manière ou d'une autre.
J'évite de porter un jugement, ce qui aggraverait son sentiment d'indignité.
Je renonce à lui réciter mes propres raisons de vivre.
Je ne lui demande pas le pourquoi, je le laisse me l'expliquer spontanément.

S'il s'agit une déception sentimentale, j'ai le droit de murmurer :
« Je comprendrais que tu donnes ta vie, mais si c'est pour quelqu'un qui t'aime comme tu l'aimes. »

Le jeune comprend peu à peu que je tiens à lui, et que je ne suis pas le seul : c'est vital.
Ainsi menée, mon intervention a des chances d'apporter un soulagement et de faciliter la sortie de crise.
Il n'y a pas de temps à perdre, parce que beaucoup de suicides d'adolescents sont impulsifs, avec une crise suicidaire courte.

Je passe la main : au médecin en qui il a confiance ou directement au service d'accueil d'urgence en psychiatrie.
Une difficulté est fréquente : les adolescents ne sont pas toujours à leur aise dans les institutions prévues soit pour les adultes, soit pour les enfants.
Bénéficier d'un diagnostic et d'un traitement par le psychiatre est d'autant plus justifié que des progrès récents ont éré annoncés (et restent à confirmer) dans le traitement médicamenteux (Lauterbach).

Je garderai le contact pendant plusieurs semaines.
Par exemple, si un médicament antidépresseur est indiqué, le début du traitement n'aura rien d'agréable.
Je veillerai donc à ce qu'il soit poursuivi : la dépression est une maladie qui peut exposer aux rechutes pendant des années.
Les circonstances, les pertes prédisposant au suicide, que j'ai remarquées, peuvent subsister et il n'y sera pas remédié en un clin d'œil.
Pour passer du rêve au projet, la maturation prend longtemps.

 

S'il refuse toute aide ?

Il arrive qu'un jeune refuse toute aide, notamment en cas de troubles mentaux ou de dépendance toxicomaniaque (alcool, opiacés, stimulants).

Je cherche des appuis.
J'essaye de trouver deux personnes adultes en qui il ait confiance.
Si le jeune est en conflit avec ses parents, il ne l'est habituellement pas avec ses grands-parents.
À qui d'autre se confie-t-il ? Cousin, ami, infirmière, médecin généraliste ou assistante sociale scolaire, enseignant, responsable religieux ?
Je lui propose de l'emmener chez l'une de ces personnes.
S'il refuse, je téléphone, avec son accord, à l'une d'entre elles devant lui.
Peu après, cette personne et moi nous prendrons conseil d'un professionnel, de préférence un psychiatre (King 1999).
À Montréal, un professionnel organise des réunions pour les proches des suicidaires.
La Page Liens donne des liens avec des associations compétentes, notamment SOS Amitié, dont l'écoute téléphonisue permanente s'appelle à 0820 066 066.

En principe, je ne promets pas le secret, car cela me rendrait responsable de n'avoir pas fait le nécessaire. Je lui réponds que c'est trop lourd pour moi. Ce que je peux lui promettre, c'est d'être discret et de ne rien dire qui puisse lui nuire. En échange de cette promesse, accepte-t-il un entretien avec quelqu'un d'autre ? Un engagement de ne pas mettre son projet à exécution dans les prochaines heures ?

Jamais je ne laisse seul, surtout s'il a déjà fait une tentative, ou s'il a dit par quel moyen il envisage de se tuer.
J'essaye de savoir s'il dispose d'une arme à feu, de médicaments toxiques, d'herbicides ou de pesticides, afin de les mettre en d'autres mains.

Le recours au psychiatre est incontournable s'il a déjà fait une tentative de suicide, s'il y a eu des suicides chez ses proches, s'il souffre de troubles mentaux à commencer par la dépression ou d'une autre maladie grave, enfin si son entourage se montre inapte à le soutenir.
La pénurie de psychiatres est malheureusement devenue dramatique en France alors qu'ils sont irremplaçables. Même en hôpital psychiatrique, ils disposent de trop peu de temps. Quant aux hôpitaux généraux, l'état de leurs budgets les incite à abréger les séjours pour tentatives de suicide et à ne pas organiser l'indispensable suivi.

S'il est mineur, c'est au titulaire de l'autorité parentale de l'emmener à l'hôpital en lui expliquant pourquoi : « Nous n'arrivons pas à nous comprendre. Il est évident que tu n'es pas un fou, mais tu souffres énormément et une pareille souffrance ne peut pas rester à l'abandon. Ce serait peut-être une idée de nous laisser aider par quelqu'un de vraiment compétent. » S'il est majeur il reviendra à l'antenne d'urgence en psychiatrie de lui proposer la solution la plus humaine, par téléphone ou par l'intermédiaire du médecin de famille.

De leur côté, les proches du suicidant ont intérêt à consulter. Il existe des thérapies familiales.

Je m'organise avec la psychiatre et les autres personnes de confiance pour que l'adolescent ne reste pas seul avant l'hospitalisation, même dans l'ambulance, ni ne sorte seul de l'hôpital ;
ensuite, pour qu'il soit assidu aux rendez-vous.

Ce sera alors une période périlleuse parce qu'un éventuel traitement antidépresseur peut faire attendre ses bienfaits pendant un mois :
et qu'une subite amélioration de l'humeur et de l'activité peut faire redouter le passage à l'acte.
Enfin, de nombreux suicides sont consécutifs à l'arrêt prématuré des médicaments antidépresseurs.
C'est dire l'intérêt d'une concertation suivie avec le psychiatre.

Si l'hospitalisation est refusée ou différée, une solution remarquable, pilotée à distance par un hôpital psychiatrique britannique est d'admettre la personne en crise suicidaire dans un lieu non médicalisé : "Maytree" (Briggs). La personne est traitée cmme une "invitée" par des bénévoles, (des "Samaritans") qui offrent longuement leur amitié. Les résultats, chez 159 "invités" dont les deux tiers avaient fait une tentative de suicide, ont été remarquables.

 

Haut de cette Page

• •  Merci des remarques par email à fbesan suivi de @gmail.com • •
Cette correspondance restera confidentielle.

Reproduction autorisée
à qui mentionne la source par un lien actif vers l'url inscrite en haut de cette page

 
 
Parler en famille : sports de santé, tabac, cannabis, autres drogues, alcoolisme, suicide |
| Home Page |
| Sports de santé, sports de plaisir, sports de tout le monde |
| Tabac, cannabis, autres drogues, alcoolisme, suicide : parler en famille |(1)
Drogues, alcool, parler en famille (livre) |
 | Tabac, alcool : où en suis-je ? |
| Grossesse, alcool et handicap mental |
 | L'enfant d'alcoolique |

 | Alcoolisme, prévention : motifs déclarés de la modération ou de la vie sans alcool |(2)
 | Drogues, prévention : motifs déclarés pour les refuser  |(3)
 | Suicide, prévention : raisons de vivre déclarées |(4)
 | Suicide, prévention : parler du suicide avec un adolescent à risque |(5)
| Prévention du suicide |
| Partager les deuils après suicides : groupes d'entraide |(6)
 | Avant de consulter mon médecin : que préparer ? |
Créer un site Internet gratis par copier-coller |
 | L'auteur, le site |
 | Liens réciproques |

 | Outils pour professionnels d'éducation ou de santé |(7,8)
 | Suicide : au lycée, la postvention |
 | Deuils après suicides : évaluer les services rendus par les postventions |
| Le suicide est-il contagieux ? |
| Alcoolisme : former les entourages des buveurs excessifs |
 |  Addictions et travail : alcool, drogues |
 | Dépistage : questionnaire de santé |
| Drogues, suicide, alcool : ma liberté, ma santé |
 | Excès d'alcool, abus d'alcool : intervention brève avec ou sans dépistage |
 | Tabagisme, alcoolisme : canevas de l'observation clinique
|
 | Agir pour la santé mentale par Internet |
 

Détails des chapitres indiqués par des numéros entre parenthèses

(1a)
| Sommaire : cannabis, autres drogues, parler en famille |

| Cannabis, autres drogues : avant de parler |
| Cannabis, autres drogues : comment parler |
| Cannabis, autres drogues : en cas d'inquiétude |
| Cannabis, autres drogues : références |

(1b) | Alcoolisme : parler en famille | 
| Suicide : parler en famille |

(1c) | Sommaire : Tabac, tabagisme : parler en famille|
| Tabagisme : parler à l'enfant de 11 ans |
| Tabagisme : parler en famille à l'adolescent fumeur |
| Tabagisme: parler en famille au fumeur adulte |

(3) Drogues, prévention : motifs déclarés pour les refuser
| Drogues, prévention : conditions du sondage sur le refus |
| Drogues, prévention : motifs déclarés du refus |
Drogues, prévention : motifs du refus selon catégories |
| Drogues, prévention : commentaires des motifs déclarés du refus |
| Drogues, prévention : références sur les refus |

(4) Suicide, prévention : raisons de vivre déclarées
| Suicide, prévention : conditions du sondage sur les raisons de vivre |
 
Suicide, prévention : raisons de vivre déclarées importantes |
| Suicide, prévention : raisons de vivre selon les catégories |
| Suicide, prévention : commentaire des raisons de vivre |
| Suicide, prévention : références sur les raisons de vivre |

(5) Suicide, prévention : parler du suicide avec un adolescent à risque
| Suicide, prévention : un numéro de téléphone, une adresse sur moi |
| Suicide, prévention : peur de parler, objections qui tuent |
| Suicide, prévention : deviner le risque chez l'adolescent |

| Suicide, prévention : parler à l'adolescent en crise qui s'entête |
| Suicide, prévention : deuil après suicide, parler à l'entourage |
| Suicide, prévention : motifs pour refuser le suicide, raisons de vivre |
| Prévention du suicide : autour de moi, quelle ambiance ? |
| Prévention du suicide : références sur l'adolescent à risque |

(6) Partager les deuils après suicides : groupes d'entraide
| Deuils après suicides : comment débuter le partage |
| Deuils après suicides : règles et coutumes des groupes d'entraide |
|
Deuils après suicides : difficultés des groupes d'entraide
|
| Deuils après suicides : un professionnel dans le groupe d'entraide ? |
| Deuils après suicides : références sur les groupes d'entraide |
| Deuils après suicides : évaluer les services rendus par les postventions |

(7) | Sommaire : après suicide au lycée, la postvention |
| Suicide, postvention : comités de préparation et de crise |
| Suicide au lycée, postvention : révéler le suicide? |
| Suicide, postvention : prévenir une épidémie de suicides |
| Après suicide, postvention : les journalistes, le clergé |
| Après suicide au lycée, postvention : les obsèques |
| Suicide au lycée, postvention : à long terme, prévention du suicide |
| Suicide au lycée, postvention : références |

(8) | Sommaire : le suicide est-il contagieux ? |
| Suicides : faits de contagion |
| Suicides : révélations non contagieuses, mais protectrices |
| Suicides : prévention de la contagion |
| Suicide, contagion : références  |