Prévention du suicide
 

Les suicides évités l'ont été grâce à plus d'une influence.

La prévention est l'affaire de tous.

Révision : 22.06.2010   Translate

 
 

Trois points essentiels :

• Les suicides évités l’ont été grâce à plus d’une influence, les amis et les partenaires sentimentaux venant en premier lieu.
• Les professionnels, les associations et d’autres intervenants du champ social jouent aussi leurs rôles.
• Les collectivités interviennent par la promotion de la santé mentale, la limitation des moyens de se tuer, l’éducation des enfants à faire face aux coups durs, l’ambiance dans les entreprises, l’appui des médias et l’Internet.

 

• Première partie :

"Les suicides évités : grâce à qui ?"

Un jeune sur cinq a déclaré avoir eu un projet sérieux de suicide (Brener, Krug & Simon 2000, Choquet & Granboulan 2004). Comme ce projet a été écarté, au moins temporairement, dans l'immense majorité des cas, on peut estimer à plus de 8 millions le nombre des Français qui ont bénéficié d’une prévention. Un sondage a donc été organisé pour trouver grâce à qui.

Méthode. Par courriels, 15.233 personnes âgées de 18 à 40 ans ont été contactées dans la population générale et 3,8% d’entre elles ont accepté d’être questionnées sur ce projet : 243 personnes ont tenté de se suicider et ont été exclues. 330 autres ont eu un projet de suicide et l’ont écarté. Le questionnaire demandait si ce refus du suicide résultait uniquement de leurs propres réflexions ou d’un changement dans leurs conditions de vie. Sinon, de quelles influences, classées en trois rangs selon leur importance : amis, conjoints ou partenaires, autres membres des familles, médecins ou psychologues, infirmières, professeurs, assistants de service social, personnels de prisons, clergé, autres. Les écoutants téléphoniques n’ont pas été inscrits sur la liste.

Résultats. La plupart ont bénéficié de plus d'une influence (703 pour 330), dont presque toutes étaient étaient celles d’autres personnes plutôt qu’exclusivement des changements dans leurs conditions de vie (41) ou dans leurs réflexions personnelles (20).
L’influence des personnes de l’entourage a été déclarée bien supérieure à celle des intervenants formés. L’influence des confidents choisis, c’est-à-dire des amis (161), et des conjoints ou partenaires sentimentaux (116) a largement excédé celle des confidents non choisis, tels que les autres membres des familles (172). Les médecins et psychologues ont été mentionnés 109 fois et les autres acteurs du champ social 84 fois.

La discussion inclut la validité et les limites du sondage, les résultats, les applications en postvention et en prévention. Sachant que les amis ont tenu le premier rôle dans la prévention, y aurait-il lieu d’étudier comment aider les amis à devenir de meilleurs amis ?

Conclusion. Les points saillants ont été la nécessité de plus d’une influence et la primauté des confidents choisis. Ces résultats plaident en faveur d’un comportement apparemment peu scientifique : se tourner en premier lieu vers d’autres que les professionnels pour confier son tourment.

 

• Deuxième partie :

"La prévention du suicide"

 

Sommaire

Prévention du suicide par les proches
Prévention du suicide par les intervenants formés
Prévention du suicide par des collectivités

• Prévention du suicide : méthodes d'évaluation

Prévention du suicide : références

 

La prévention du suicide est l'affaire de tous.

Elle l'est d'autant plus qu'en France, on a recensé 10.798 suicides en 2.004, soit 2% des décès. Cette proportion est nettement plus forte qu'aux États-Unis et deux fois plus qu'au Royaume-Uni.
La tranche d'âge qui compte la plus forte proportion de suicides est au-dessus de 80 ans, mais cette tranche est la moins nombreuse de la population.
Les suicides les plus nombreux sont ceux de l'âge moyen de la vie : surtout des hommes, souvent des veufs, souvent en invalidité ou en chômage de longue durée.
Les suicides des personnes âgées de moins de 25 ans sont au nombre de près de 600 par an. Exprimer cette mortalité en années de vie perdues en donne la juste mesure.

Chaque suicide met cruellement en deuil cinq personnes. Prenons l’exemple d’un département dont la population avoisine un centième de la population française : chaque année, plus de cent personnes s’y enlèvent la vie, donc 500 personnes de plus y entrent dans ce deuil.
On a recensé combien de personnes ont connu personnellement un suicidé. C’est le cas d’environ une personne sur trois, d’après l’enquête de l’UNPS citée par F. Facy ; 2% de la population française ont perdu un parent par suicide ; 2% un frère ou une sœur ; 1% un enfant ; 13% un autre membre de la famille ; 8 % un ami proche ; 5% un collègue de travail ; et 7% une relation.

Quant aux tentatives de suicide, leur nombre annuel est estimé à 180.000. Leur gravité réside dans la fréquence des récidives. Leur coût hospitalier est considérable, bien qu'un tiers seulement parvienne à l'hôpital.
La prévention n'est pas seulement celle du décès. Elle vise aussi à restaurer la qualité de la vie menacée (Neeleman).

Il y a lieu deréviser la classification usuelle de la prévention en “universelle” (non ciblée), “sélective (visant les groupes à risque élevé)” et “médicalement indiquée” (visant les suicidaires déclarés). Cette classification suppose connues les intentions des personnes et elle ne précise pas qui fait quoi, sauf dans la troisième catégorie.

Plutôt distinguer la prévention par : les proches, les intervenants formés et les collectivités.

 

• Prévention du suicide par les proches  

Les proches ont-ils été efficaces dans la prévention du suicide ?
Comment le sont-ils ? Répétons que ce texte a été rédigé avant notre enquête résumée dans la première partie.

• Les proches ont-ils été efficaces ?

Cette efficacité s’est révélée dans sept enquêtes : celle de Nisbet sur les femmes américaines classées comme noires  celle de Durkheim  la nôtre sur les motifs conscients pour refuser le suicide ; celles de Toumbourou et de Mishara auprès de familles formées à la prévention ; celles de Curtis et de Salleh après tentatives de suicide. On ne dispose pas de sondages dans la population générale pour estimer le nombre des suicides ou des tentatives considérées comme prévenues par les proches.

Les femmes américaines classées comme "noires" font autant de tentatives que les blanches, mais elles se tuent deux fois moins, alors qu'elle sont défavorisées à bien des égards et rarement clientes d’un professionnel. Cette prévention a été attribuée à la stabilité autant qu’à l’intensité du soutien par leurs proches. Les femmes noires et leurs proches déménagent bien moins souvent que les autres (Nisbet 1996).

Le suicide est d'autant moins fréquent que les liens sociaux sont plus forts, comme l’a montré Durkheim dès 1897. Durkheim proposait de renforcer les groupes sociaux, y compris les familles.

Dans notre enquête de rue sur les motifs déclarés pour refuser le suicide, autrement dit les raisons de vivre, la réponse classée en tête a été : "Il y a au moins quelqu'un qui tient à moi", tandis que la seconde a été : "J’aime au moins quelqu’un" (Besançon 2001).
Ces deux réponses attestent l'influence des proches. 20% au moins des jeunes ont eu un projet sérieux de suicide (Choquet, Brener). Ils ont changé d’avis. Il est probable qu’ils le doivent en grande partie à leurs proches.

En Australie, plus de 300 parents d'adolescents âgés de 14 ans ont accepté de recevoir une formation à la prévention. Des résultats ont été obtenus en matière d'indices du risque de suicide, de consommation de drogues et de délinquance. Ces résultats se sont étendus à d'autres familles que celles qui ont bénéficié directement de cette formation (Toumbourou et Gregg 2002).

À Montréal, des proches d'hommes qui ne recevaient aucune aide professionnelle alors qu'ils avaient déjà fait une tentative de suicide ou qu'ils étaient atteints de dépression majeure, ont reçu les conseils dont ils ressentaient le besoin, notamment par téléphone. Ils ont appliqué ces conseils et vu nettement diminuer les idées et tentatives de suicide ainsi que les manifestations de dépression. Ceux qui ont reçu les conseils se sont trouvés eux-mêmes moins angoissés, mieux capables de communiquer et très satisfaits d'y avoir été aidés (Mishara 2005). Ainsi un proche peut-il être rendu plus efficace. C'est précieux quand la personne en danger refuse de consulter un professionnel, ce qui est notamment le cas des hommes.

Après tentatives de suicides, les interactions avec les amis ont été classées en tête des facteurs de protection (Curtis 2003, Salleh, 2003.

Ces enquêtes, comme celle résumée dans la première partie, confortent l’antique témoignage du philosophe Sénèque : ”Maintes fois, je pris le brusque parti d’en finir avec l’existence… Ce qui n’a pas peu contribué à ma guérison, ce sont les amis qui m’encourageaient, me veillaient, causaient avec moi et m’apportaient ainsi du soulagement. Oui, Lucilius, rien ne ranime et ne restaure un malade comme l’affection de ses amis” (Lettres à Lucilius, 78, 2-4)

• Comment les proches sont-ils efficaces ?

Les proches ont l'avantage de leur nombre et de leur disponibilité.
Les proches sont-ils capables de créer une ambiance, de deviner l’imminence d’un suicide, d’être attentifs aux "indices" (plutôt que "facteurs") de risque, enfin d’intervenir en amont et en aval des professionnels sans en usurper les rôles ?

• Créer une ambiance ?

Certaines ambiances familiales sont défavorables.

La première des "compétences psychosociales" ne serait-elle pas de se répéter
Autour de moi, fera-t-il bon vivre ?
Autrement dit, de faire régner en famille une ambiance de confiance ?

Bien des traditions, poèmes, chansons et spectacles répètent que d'être aimé et d'aimer donnent sens à la vie. C'est en accord avec la maxime : "La santé est la capacité d'aimer et de travailler" (Freud). C'est aussi en accord avec les deux raisons de vivre citées plus haut : « Il y a au moins quelqu'un qui tient à moi. » et « J'aime au moins quelqu'un. » Au quotidien, cette affection est-elle exprimée ?

 

• Deviner l’imminence d’un suicide ?

Les signaux avertisseurs sont des changements de comportements. C’est donc aux proches qu’ils se révèlent. Ils sont distincts des indices de risque, qui relèvent davantage de la compétence des professionnels

Les signaux avertisseurs sont les réactions de fuite, les dépressions, les inversions de l'humeur des déprimés et les manifestations de la crise suicidaire.

Les prédicteurs, autrement dit les indices de risque (et non de fatalité) sont un passé de tentative de suicide ; une dépendance à l'alcool ou à des drogues ; des troubles mentaux ; des traits de caractère ; une ambiance, un contexte ; un événement ressenti comme une perte : perte d'un être aimé, d'une image idéale de soi, d'un proche ou de la société ; être un homme divorcé (Yeh) ; perte d'un acquis, d'une position, du rêve enfantin de sa propre toute-puissance, ou d'une providence au service de ses désirs, ou d'un rêve d'avenir.
Une perte qui n'est pas grave objectivement peut suffire à déclencher l'impulsion si le sujet est vulnérable, intolérant aux frustrations, ou si l'ambiance est défavorable (Yang).

L'événement ressenti comme une perte est classé parmi les indices de risque mais ce sont les proches qui sont les mieux placés pour remarquer cet événement, suivi de changements du comportement. Cela, à condition que les proches soient motivés et formés.

Les signaux avertisseurs et les indices du risque sont détaillés, mais aussi discutés dans la Page
Deviner le risque chez l'adolescent sachant qu'à tous les âges ils sont à peu près les mêmes.

Toutefois; la proportion des suicides impulsifs, décidés en moins de cinq minutes, impossibles à prévoir, est bien plus importante qu’on ne l’imaginait : 40% à 24% (Williams 1980, Simon 2002). Il faut le répéter pour déculpailiser les parents qui se reprocheraient de n'avoir pas vu venir.

• Intervenir en amont et en aval des professionnels

En amont du professionnel, les meilleurs atouts restent la disponibilité et la fraternité. Ni se moquer, ni moraliser, ni mettre au défi. Écouter très longuement avant de parler. Prouver que la détresse du suicidaire est comprise, qu’on est inquiet et surtout qu’on tient à lui. C’est rejoindre deux raisons de vivre : Il y a au moins quelqu’un qui tient à moi et J’aime au moins quelqu’un.
Les détails sont dans : Parler à l'adolescent en crise qui s'entête

Il est des moments où les parents du jeune ne sont pas les mieux placés pour être ses confidents. C'est donc aux grands-parents, aux autres proches et aux enseignants de se mettre à l'écoute. Tant mieux si l'adolescent bénéficie d'un réseau d'amitié dans un mouvement de jeunes.

Amener les hommes (qui s'enlèvent la vie beaucoup plus souvent que les femmes) à surmonter leur réticence à exprimer leur éventuel désarroi et à dire en qui ils ont confiance. De là, les amener à demander de l'aide (Goldney).

Quand le suicidaire refuse de bénéficier du diagnostic du psychiatre, ce qui est banal, les proches essaient de passer par l’intermédiaire d’un médecin généraliste, d’une infirmière, ou d’une des associations adhérentes de l’UNPS, tout en donnant le numéro de téléphone de SOS. Amitié ou d'une association comme les Samaritans.
Bénéficier d'un diagnostic et d'un traitement par le psychiatre est d'autant plus justifié que des progrès récents ont été annoncés (et restent à confirmer) dans le traitement médicamenteux (Lauterbach).
S’il s’agit d’une crise suicidaire, le médecin généraliste indique aux proches les moyens de conduire l’intéressé en sûreté, c’est-à-dire au service des urgences psychiatriques.

Dans la vie quotidienne, parler en famille de drogues et d'alcool contribue à la prévention du suicide, sachant que les drogues et l'excès d'alcool prédisposent au suicide.

Les personnes âgées sont-elles aidées à préparer et à vivre leur retraite (Range) ?

À chacun de vérifier que ni arme à feu, ni munitions (Grossman), ni substances toxiques ne sont accessibles chez soi.

En Finlande (Upanne 1999) et en Suède, des familles s'entraident pour "rester en bonne santé mentale", notamment lors de crises. De même en Australie (Appleby, avec Leenars 2001), au Canada et aux États-Unis.

À chacun aussi de contribuer à l'opinion publique, par exemple à propos de la formation professionnelle, du chômage, du harcèlement au travail, de la gestion quotidienne de la justice et des prisons, de l'accueil des immigrés ou du contenu d'Internet en matière de suicide.

En aval de l’intervention du psychiatre, c’est aux proches de veiller au suivi : à commencer par la prise régulière de médicaments souvent peu agréables et lents à manifester leurs effets ; et par l’assiduité aux rendez-vous fixés.

La prévention après une tentative de suicide nécessite de prendre le risque au sérieux tout en maintenant une ambiance de confiance réciproque. Les proches du suicidaire seront tentés de vouloir "le sortir de chez les fous" en méconnaissant le risque de récidive.
Ils voudront aussi
se documenter, hantés par le "Pourquoi ?". Ils pourraient s'accuser d'avoir été incapables d'apprécier à sa juste valeur tel ou tel signal avertisseur ou indice de risque.
Aux proches de ne pas
entretenir une anxiété qui pourrait devenir contagieuse. Plutôt la confiance.

 

• Prévention du suicide par les intervenants formés

Les associations de buveurs rétablis, comme les "Alcooliques anonymes" réduisent le risque suicidaire de ceux qui sont assidus à leurs réunions (Mann).

Ceux qui se sont rendus proches par l’outil du téléphone, comme les bénévoles de SOS Amitié recueillent 600.000 appels par an. Leur formation est de qualité.
À mesure que l'écoute se prolonge, l'appelant découvre qu'au moins quelqu'un tient à lui : le motif 1 du Tableau 1 de l'enquête suicide_raisons_de_vivre s'enracine.

Les appelants peuvent choisir d'envoyer des courriels, à l'initiative des Samaritans et Befrienders, avec des résultats encourageants (Brodie).
Ils sont encore invités à donner un numéro de téléphone portable en vue de garder le contact par SMS. Les jeunes ont plébiscité ce service (Ferns, Swords)

Les anciens combattants américains, les "vétérans" participent volontiers à des téléconférences" lesquelles, à condition de respecter de strictes conditions, ont permis d'identifier les personnes à risque de suicide. (Godleski).

Prévenir un suicide est le sommet de l'art du psychiatre. Le traitement est complexe, doit impliquer l'entourage et nécessite un suivi prolongé. Les interventions "cognitivo-comportementales individuelles ont diminué les comportements suicidaires des adultes, du moins à court terme (Tarrier).
Plusieurs évaluations de cette prévention ont montré ses limites (Kurz et al. 1995, Greenhill et al. 1997, Linehan 1997, Hawton et al. 1998). De grands progrès dans la prise en charge, avant ou après tentative de suicide, ont été obtenus dans les services hospitaliers qui ont accepté des audits systématiques (Bouet 2004, Renaud 2004), mais on en attend les résultats. Pour mieux les connaître, les psychiatres pourraient envoyer périodiquement des cartes postales après la sortie de l'hôpital.
Encore faut-il que les suicidaires arrivent jusqu’au psychiatre. En outre, les signaux avertisseurs sont souvent dissimulés au psychiatre (Busch 2003) alors qu'ils sont perceptibles pour les personnes que le suicidaire voit tous les jours.

Si l'hospitalisation est refusée ou différée, une solution remarquable, pilotée à distance par un hôpital psychiatrique britannique est d'admettre la personne en crise suicidaire dans un lieu non médicalisé : "Maytree" (Briggs). La personne est traitée comme une "invitée" par des bénévoles, (des "Samaritans") qui offrent longuement leur amitié. Les résultats, chez 159 "invités" dont les deux tiers avaient fait une tentative de suicide, ont été remarquables.
En milieu rural, comme dans le grand nord canadien, où les ressources psychiatriques sont largement insuffisantes, le psychiatre peut utiliser efficacement la téléconférence (Jong).

En attendant, la prévention professionnelle la plus efficace est l'oeuvre des équipes hospitalières de réanimation et de chirurgie qui sauvent les personnes ayant tenté de se suicider.

Les professionnels font implicitement de la prévention quand ils s'occupent de personnes médicalement ou socialement malades (Rosenman 1998). Les médecins du travail et des prisons sont parmi les plus concernés.

À mi-chemin entre les bénévoles et les médecins se situent les acteurs du champ social autres que les médecins : les enseignants, infirmières, assistantes sociales, psychologues, membres du clergé, avocats, gardiens de prisons, personnes intervenant auprès des alcooliques (Sher) etc. D'énormes programmes les ont informés des indices du risque suicidaire et des signaux avertisseurs, au Canada, aux États-Unis, en Finlande, mais on n'a pas encore la preuve qu'ensuite les suicides soient devenus moins fréquents (Chagnon 2004, de Leo 2004, Burgess 2004).

 

• Prévention du suicide par des collectivités

En France, la "Stratégie Nationale de Prévention du suicide" place au premier rang la promotion de la santé mentale. Les nombreux programmes nationaux de prévention n'ont pas tous clairement démontré leur efficacité (Chagnon, de Leo, Beautrais, ONU, Tanney). La prévention des excès d'alcool contribue indirectement à celle du suicide, sachant que ces excès sont en cause dans la moitié des suicides comme des homicides : qu'il s'agisse de dépendance, ou de simple ivresse (O'Connell).

Limiter l'accès aux moyens de se tuer semble être l'action publique la plus prometteuse (Goldney) :
Réglementation des armes à feu et de leurs munitions (Bridges) ;
Restrictions à la délivrance des médicaments et des pesticides agricoles. Quand la notice de ces derniers cesse de mentionner leur effet mortel, les agriculteurs s'en servent moins souvent pour s'infliger d'intenses souffrances suivies de mort (Lim).
En Hongrie, des restrictions dans la délivrance des médicaments et des autres produits toxiques ont été suivies d'une raréfaction des suicides (Berecz).
Au Québec, on a équipé de barrières le pont Jacques Cartier, d'où l'on se précipitait : cela, avec d'autant plus de succès qu'ensuite les autres ponts du Saint-Laurent n'ont pas été utilisés pour s'enlever la vie.

Le gouvernement australien (Youthlink) et le gouverneur de l’état américain du Maine (O'Halloran) ont distribué d’excellentes brochures à l’ensemble de leurs citoyens. Leur évaluation sera discutée plus loin.

Au Québec, beaucoup de programmes ont visé les écoles. Remarquant que les comportements suicidaires à l'âge de 18 ans sont prévisibles d'après les idées suicidaires dès l'âge de 8 ans, Haavisto propose le dépistage de ces idées par les enseignants.
Les infirmières scolaires seraient les mieux placées pour dépister et orienter les enfants victimes de maltraitance ou d'abus sexuels. Cela réduirait le risque du suicides à des âges plus avancés, souligné par Corcoran.

En classe maternelle, au Danemark, en Lituanie et en Islande, on entraîne déjà les enfants à surmonter  leurs chagrins, à faire face positivement aux coups durs (Bale 1999, Mishara 1999). Une évaluation préliminaire a montré d'excellents effets sur l'aptitude des enfants à faire face à leurs contrariétés (Zippy's Friends).

Dans les établissements d'enseignement, après un suicide ou une tentative, un rescapé du suicide venu d'une autre école ou un autre bénévole, comme un proche de suicidé, pourrait animer des groupes dans des classes autres que celle qui est atteinte : à la recherche des motifs conscients pour refuser le suicide, comme l'ont fait nos groupes de discussion.
Voir Suicide au lycée : la postvention.

D'autres programmes ont visé les maternités (McGowan), les détenus, les endeuillés, les policiers. Des projets sont en cours vers les militaires, les immigrés, les Amérindiens, les personnes accrochées aux jeux de hasard, les jeunes homosexuels, les malades chroniques, les personnes âgées.

Les entreprises et les médecins du travail (Spencer-Thomas) ont lieu d'identifier et d'éliminer les surmenages responsables de suicides.(Amagasa). L'insuffisance d'autonomie et d'occasions de créativité, bien plus que la pression sur les cadences de travail, a été corrélée aux 14 suicides observés chez plus de 3.000 salariés par Tsutsumi.

Dans les maisons de retraite, les activités de groupe associées à l'auto-évaluation de la dépression ont largement réduit les suicides de femmes (Oyama).

Le recours aux médias s’impose, sans craindre la répétition, comme le fait l’Union Nationale pour la Prévention du Suicide.
L’une des associations adhérentes, Phare Enfants-Parents, a publié deux remarquables guides : Repères pour une attitude éducative et Difficile adolescence, Signes et symptômes du mal-être.

Les journalistes se sont accordés, pour la plupart, à s'abstenir de glorifier et de banaliser les suicides qu'ils relatent. Les résultats ont été excellents.
Voir Suicide, prévention de la contagion

L'Internet s'ajoute aux outils disponibles. Il donne accès à de très nombreux sites visant la prévention. Ce site y contribue, mais sans que l'efficacité puisse être évaluée :
Suicide, prévention: parler du suicide avec un adolescent à risque
Partager les deuils après suicides : groupes d'entraide
,
Agir pour la santé mentale : prévention par Internet
Les sites incitant au suicide sont bien plus nombreux. Une relative autodiscipline des moteurs de recherche contribue à la prévention du suicide.

Amener les proches à devenir peu à peu des intervenants formés, c'est viser la population entière, si l'on calcule qu'il faudrait toucher près de 13 millions de personnes pour réduire de 15% le nombre annuel des suicides. Des arguments statistiques sont ajouté par Rosenman en 1998 : on compte bien moins de suicides dans le groupe restreint des sujets identifiables comme à haut risque que dans le reste de la population.
 

• Prévention du suicide : Méthodes d'évaluation

Comment évaluer l'efficacité des proches, des écoutants téléphoniques, des campagnes publiques et de l'Internet, en tenant compte de l'éthique ?

La prévention du suicide par les proches est à confirmer par l'enquête résumée en tête de cette Page.

L'efficacité préventive du soutien téléphonique est difficile à démontrer en raison de l'indispensable anonymat de l'appelant comme de l'écoutant. Cette efficacité est probable quand l’appelant exprime un changement d’attitude ; probable encore parce qu'au Royaume-Uni, où les Samaritans ont servi de modèle à SOS. Amitié, et atteint un bien plus ample développement, l'on se suicide deux fois moins qu'en France.
Certaines lignes téléphoniques autorisent leurs écoutants à pratiquer une écoute directive et même une psychothérapie. Elles annoncent des résultats (Mishara, Rhee).
Les lignes qui offrent de correspondre par courriels (Brodie) peuvent faire des relances périodiques et évaluer leurs résultats.

Les critères d'efficacité des actions publiques seraient : 1, les morts violentes et les “décès de cause indéterminée” (quelle qu’en soit la cause), sachant que les suicides sont mal révélés et recensés ;
2, les dépenses annuelles d’hospitalisations pour tentatives de suicide.

En distribuant leurs brochures, les gouvernements ont coûteusement négligé de constituer les groupes témoins, c’est-à-dire de n’adresser ces brochures qu’à la moitié des citoyens, dans un premier temps. Cela les a empêchés d’évaluer leur efficacité. En Australie, ni les dépressions graves, ni les comportements suicidaires n'ont régressé à la suite des campagnes d'information inspirées par Goldney. De même au Québec, après des campagnes (Chagnon, Chambers). A-t-on pris soin d’expliquer ce qu’on attend des proches, tout en évitant de les culpabiliser en cas d’échec ?

Les conditions d'une campagne en France me paraissent être les suivantes. Des messages seraient répartis de façon équilibrée vers des départements français en tenant compte des effectifs de population, de l’incidence des suicides et des prédominances rurales ou urbaines. Les messages destinés au grand public émaneraient principalement de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie et de la Mutualité Sociale Agricole. Ceux destinés aux acteurs du champ social (professionnels et bénévoles) émaneraient principalement de leurs interlocuteurs familiers, comme la Mutuelle Générale de l'Éducation Nationale, la Mutuelle Nationale des Hospitaliers et la Mutuelle Générale de la Police.
La population visée serait donc répartie en quatre groupes : le groupe témoin, vers qui l’action préventive serait différée (en cas d’efficacité probable dans d’autres groupes), le groupe qui recevrait les deux types de documents et les groupes qui n’en recevraient qu’un seul. En cas d'efficacité, les groupes défavorisés par le tirage au sort bénéficieraient ultérieurement des messages correspondants.

Évaluer les programmes pose de nombreux problèmes éthiques, liés aux intérêts divergents des organismes de prévention et d'évaluation comme des évaluateurs eux-mêmes ; au consentement éclairé ; et à la confidentialité (Mishara).

 

Prévention du suicide : Références

Vous êtes dispensé de vous rendre en bibliothèque pour consulter la plupart des références citées dans ce site. Depuis 1966, plus de mille périodiques de sciences médicales sont accessibles grâce à Medline-Pubmed. Si une citation vous intéresse, vérifier qu'en haut et à gauche le cadre Search contient Pubmed. Dans le cadre suivant, inscrire le nom du premier auteur suivi de sa ou ses initiales ; facultativement le nom du second auteur ; enfin l'année.
Par exemple, inscrire Schmidtke A 1988
Le Résumé s’affiche aussitôt, avec souvent l’adresse e-mail de l’auteur. Celle-ci vous permet de lui demander le texte in-extenso de son article en pièce jointe (“attached file”) à un courriel.

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- Bacskai E, Pintye I, Gerevich J. Distal antecedents and sociodemographic characteristics of suicidal attempts among alcoholics seeking treatment. Psychiatr Hung. 2006;21(1):57-67
- Bale C. Reaching young Europe. 20th Congress, Internat Assoc Suicide Prevention, Athens 1999 p. 127

- Beautrais A. National strategies for the reduction and prevention of suicide. Crisis 2005; 26 (1):1-3

- Berecz R, Caceres M, Szlivka A, Dorado P, Bartok E, Penas-LLedo E, LLerena A, Degrell I. Reduced completed suicide rate in Hungary from 1990 to 2001: relation to suicide methods. J Affect Disord. 2005 Oct;88(2):235-8
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Prévention du suicide par les proches
Prévention du suicide par les intervenants formés
Prévention du suicide par des collectivités
• Prévention du suicide : méthodes d'évaluation

Prévention du suicide : références

 

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