Drogues : préparer quoi dire
Plutôt que de décrire
les drogues et leurs effets, nous fonderons la prévention
sur les comportements,
le vécu quotidien des enfants,
des adolescents, des trafiquants, des familles.
On ne trouvera pas donc sur
ce site ce qu'on trouve abondamment ailleurs sur les sujets
suivants :
- statistiques ;
- discussions sur l'offre et la demande ;
- discussion sur les "drogues douces" : toutes
les drogues commencent douces. La première drogue que
rencontrent les enfants est habituellement le tabac. Elle
est une des plus meurtrières.
- dopage, puisqu'il ne concerne pas les sports de santé ;
- "drogues sans drogues" comme les "folies"
des jeux vidéo ou Internet, des écouteurs dans
les oreilles à longueur de journée, des jeux
de hasard, du travail, des sports, des achats et autres fascinations
qui font délaisser les relations humaines. On y reviendra
dans la Page suivante. Ne mettons pas ces dépendances
dans le même sac que les dépendances qui entretiennent
les relations comme celles du nourrisson, du handicapé,
du grand vieillard, de l'amoureux.
Quant au tabac
et à l'alcool,
voir les pages correspondantes de ce site.
Cannabis : comment change-t-il la vie ?
Expliquer d'abord les neuf
points forts suivants, qui seront détaillés
plus loin :
1, Devenir démotivé
pour lécole, au détriment de sa future
qualification professionnelle.
2, Devenir démotivé pour son emploi et
se faire licencier.
3, Devenir décroché de ses vrais amis.
4, Devenir insouciant des risques d'accidents, de grossesse,
et de contaminations. En somme, n'être plus intéressé
par rien ni par personne.
5, Devenir accroché
au tabac contenu dans les joints car le tabac accroche
davantage que le cannabis. La fumée mène aux
cancers et à la mort subite par infarctus. Accrochées,
un quart des personnes incarcérées déclarent
ne pas pouvoir se passer de leurs joints. Alors, la liberté ?
6, La drogue a des jambes : elle va tout droit
à l'argent.
7, Devenir client dun trafiquant, cest
se laisser entraîner vers toutes les drogues.
8, Le consommateur ne sait jamais ce que contient la dose.
Comment peut-il dire : « Je
gère ! » ?
9, Payer sa drogue à crédit, cest
risquer dêtre un jour acculé : à
voler, trafiquer, racketter, se prostituer.
"Cannabis"
désigne les drogues extraites du chanvre Cannabis
indica, différent du chanvre textile Cannabis
sativa.
Le client ne sait jamais ce que contient la "dose".
Le cannabis "herbe" contenait autrefois 0,6 à 3%
de THC (la principale substance psycho-active). Le haschich
vendu couramment titre 10% ou davantage. Ainsi, les mots
"cannabis" et "chanvre" ont-ils radicalement
changé de sens. À présent, il est parfois
vendu mélangé à de l'héroïne
ou à de la cocaïne pour accélérer
les dépendances. Comment le consommateur peut-il
dire : « Je gère. » ?
Curieusement, les adolescents sont plus attentifs quand
on leur révèle que le "chanvre"
contient aussi des pesticides et des OGM.
Les premières doses
peuvent exposer à l'ivresse cannabique : pour
la plupart, c'est une longue bouffée de bien-être,
de fous-rires, une exaltation de l'imagination et des perceptions,
auditives en particulier, parfois des hallucinations visuelles.
Tout paraît facile. La personne est libérée
de sa timidité. Le poète Baudelaire, drogué
lui-même, a écrit : "Le haschisch accorde
d'un côté ce qu'il retire de l'autre, c'est-à-dire
l'imagination sans la faculté d'en profiter."
La concentration et les propos sont altérés,
de même que l'orientation dans le temps et l'espace,
mais la personne n'en est pas consciente. Le passé
et le présent se confondent. Les yeux rougissent. Les
fringales ne sontpas rares.
Pour d'autres, cette ivresse consiste en un malaise paradoxalement
anxieux, un sentiment d'étrangeté, des idées
dépressives, une attaque de panique, même un
délire paranoïde ou de persécution. Parfois
surviennent un tremblement, des vomissements, l'impression
d'étouffer. Tant mieux si cela les dégoûte.
Les bouffées délirantes aiguës surviennent
en cas d'alcoolisation et de privation de sommeil associées.
À l'hôpital, elles mettent plusieurs semaines
à se dissiper.
Les doses suivantes, quand
elles se répètent plusieurs fois par soirée,
peuvent donner la bouche sèche, des nausées,
des malaises.
Au fil des joints de cannabis (haschisch), l'effet recherché
s'épuise, comme avec toutes les drogues et l'augmentation
des doses n'y remédie pas.
La mémoire devient mauvaise, alors que le consommateur
croit que sa consommation le rend plus performant.
À la longue, si les
consommations deviennent quotidiennes, le problème
est moins d'être accroché que décroché,
au sens de démotivé.
Tout occupé à rire et à se répéter
sans cesse, le consommateur de cannabis n'a plus envie de
se concentrer, il a la tête ailleurs en classe comme
à la maison.
Enfermé sur lui-même, indifférent à
autrui, décroché de ses responsabilités,
il ne se rend plus compte des conséquences de ses actes.
L'auto-critique est abolie. Il tolère de moins en moins
les frustrations.
La moitié des redoublements
en classes de 4° et 3° sont liés à
lusage régulier du cannabis lannée
précédente. Un jour l'élève
sèche. Décroché de l'école,
il croit que ce n'est pas grave, alors que c'est catastrophique
au XXI° siècle. C'est perdre beaucoup de
liberté dans le choix de sa profession.
Quand un bon élève devient paresseux, trois
causes sont à rechercher : la dépression,
qui n'a rien d'exceptionnel au jeune âge ; la
rupture entre les parents ; le haschisch.
Quelques années plus
tard, démotivé au travail,
son absentéisme ira croissant
et le licenciement sera à la clé. Il se vantera
de ses projets mais ceux-ci n'aboutiront pas. Le hasch
est une autoroute vers le chômage. Pour comparer
le comportement au travail des candidats détectés
comme consommateurs de marijuana et des autres candidats à
lembauche, la Poste des États-Unis les a tous
embauchés. Cela lui a permis de constater
chez les premiers une augmentation de près de moitié
de labsentéisme, des actes dindiscipline,
des blessures lors de bagarres, des accidents du travail et
des démissions ou licenciements (Zwerling).
Décroché
aussi de ses vrais amis,
c'est grave en soi et c'est aggravant. Lors de ses nombreux
entretiens avec les toxicomanes en voie de rétablissement
à Pellevoisin, Ambroise Pic a remarqué la
dévastation des amitiés.
Chacun souhaite réussir
dans ses relations de famille, damitié, damour
et de vie sociale. Aime-t-il autrui pour lui-même ?
Aristoteavait déjà posé cette
question.
Mon enquête de rue le confirme : au-delà
du plaisir et du bien-être, les premières
raisons de vivre
sont daimer et dêtre aimé.
Le drogué sisole, contrairement à
son illusion dêtre lami de tous. Indifférent
au monde extérieur, indifférent au bonheur
de ses proches, il se fout royalement de tout. Il cesse
dêtre vrai. Le joint nest quune
caricature de partage. Le fumeur de joints ne fréquente
plus que le groupe qui fume et trafique. En l'absence de
hasch, on devient incapable de passer du temps ensemble.
Le consommateur désire-t-il combler un vide affectif ?
Il agrandit ce vide en se coupant de ses amis et en senfermant
dans le plaisir pour soi en boucle fermée. Cela devient
angoissant de ne plus savoir si lon est aimé
(Pic). Le repli sur soi s'accentue, au détriment
de la vie de relation.
Le consommateur se désintéresse de sa famille.
L'esprit civique, s'il existait, s'est envolé. Abîmer
sa vie de relation, cest mépriser un besoin
de la nature humaine.
Décroché enfin
de la vigilance routière :
il est prouvé que le consommateur ordinaire de hasch,
non encore dépendant, a un risque d'accident presque
triplé, en deux-roues au moins autant qu'en voiture.
On estime qu'un seul joint perturbe la conduite autant que
trois verres de vin, de bière ou de pastis.
Il est insouciant de son excès de vitesse comme
de son casque ou de la ceinture de sécurité.
Conduire sans permis ni assurance lui paraît anodin.
Grâce aux appareils simulant la conduite des véhicules,
il est prouvé que ses écarts à la bordure
de la voie fluctuent anormalement. Ses temps de réaction
et ses distances de freinage sont allongés. Ses repères
dans le temps et dans l'espace sont brouillés. La durée
du défaut de vigilance atteint 24 heures.
La conduite sous cannabis
double en moyenne le risque d'accident mortel. Un quart
des cerveaux des conducteurs décédés
à moins de trente ans contiennent du cannabis.
Dans 14 à 20% des cadavres de la route, on trouve
du cannabis. C'est l'origine de la "loi Marie-Lou".
Un camion a été intercepté à
143 km/heure, selon une information publiée
le 05/01/2008. Le conducteur était sous l'emprise
du haschisch. Il avait trafiqué le dispositif de
contrôle de vitesse. Le tribunal appréciera
à quel degré la responsabilité du patron
de l'entreprise est engagée, elle aussi.
Même celui qui a cessé
de consommer n'est pas à l'abri d'un accident pour
deux raisons : la lenteur de l'élimination et
la survenue imprévisible d'un "flash-back"
avec ivresse cannabique, agressivité.
Ce risque routier a été longtemps sous-estimé
pour deux raisons. Le THC, le toxique du hasch, atteint souvent
la concentration de 25% contre 2,5% il y a une quinzaine d'années,
quand il est importé de Grande-Bretagne ou des Pays-Bas.
En second lieu, dans le corps, il ne se détecte pas
comme l'alcool, qui passe vite dans le sang, la salive et
l'urine. Le THC est puissamment retiré du sang par
les graisses du cerveau. Il ne passe qu'à faible concentration
dans la salive et l'urine, mais on l'y retrouve pendant deux
mois, lentement relâché par le cerveau. Chaque
joint accumule davantage de THC dans le cerveau.
Le hasch donne soif, notamment
pour les boissons gazeuses. Il augmente le plaisir qu'apporte
l'alcool, ce qui aggrave
les conséquences.
Le fumeur de hasch ne se soucie guère d'avoir bu
de l'alcool avant de rouler. Cela multiplie par 14 le risque
d'être responsable d'un accident mortel, selon l'Observatoire
français des drogues et des toxicomanies. Rappelons
que le cerveau humain normal produit, en certains endroits,
des substances opioïdes et cannabinoïdes ayant
des propriétés analogues à celles des
opiacés et du cannabis. L'alcool administré
au Rat augmente ses endocannabinoïdes (Caillé).
Un autre mélange dangereux
est celui des médicaments tranquillisants usuels, les
benzodiazépines (Dally).
Même pour un piéton, ce risque est accru.
Mettez une souris blanche à rester en équilibre
sur un manche à balai qui tourne lentement. Injectez-lui
des doses d'alcool et, le lendemain, de THC, très inférieures
à celles qui la feraient tomber. Une semaine plus tard,
donnez-lui les deux ensemble : elle ne tarde pas à
tomber en arrière, comme me l'a indiqué le Pr.
J. Costentin, de Rouen.
Hasch et alcool réunis
rendent insouciants aux risques de grossesse et de contamination.
Le cannabis accroît les risques mortels de lecstasy
(Dumont)
Autant de sujets de conversations en famille. Aux amateurs
de discothèques, demander si celle ou celui qui tiendra
le volant ou le guidon au retour sera celle ou celui celui
qui n'aura ni bu ni consommé aucune drogue. Même
le cannabisme passif, après avoir respiré
dans en atmosphère enfumée par les autres,
peut rendre positif au contrôle routier.
En apprentissage puis au travail,
le risque d'accident du travail
est accru lui aussi.
La santé
s'en ressent. L'appétit est augmenté mais
le poids diminue. Plus tard apparaîtra une bronchite
qui deviendra chronique, essoufflera, éloignera des
sports de santé ; une laryngite, qui enrouera.
Cela, parce qu'un joint contient 50 mg de goudron au
lieu des 10 mg d'une cigarette de tabac. Utiliser une
pipe à eau oblige à inhaler la fumée,
ce qui goudronne davantage les bronches.
Le hasch rend insouciant du risque de maladie sexuellement
transmissible et de grossesse indésirée :
il fait négliger le préservatif.
Le foetus dont la mère fume du hasch risque d'être
un "enfant hyperactif" mais atteint de retard
scolaire.
Chez d'autres, le cannabis fait obstacle à la fertilité
féminine et masculine.
Près de 100 enfants de moins de 3 ans se
sont intoxiqués à Marseille en avalant du
haschich qui traînait à la maison (Spadari).
Il faut du tabac,
dhabitude, pour rouler un joint dans du papier à
cigarettes. Ces pétards accrochent au tabac des
multitudes de jeunes (Patton).
Lenfant a-t-il appris de ses parents le danger de devenir
toxico du tabac ?
Les fumées des deux produits additionnent leurs effets
cancérigènes sur les poumons, l'sophage,
la gorge et la langue ; et leur tendance à obstruer
les artères, notamment celles du cur, menant
prématurément à l'infarctus. Ces
cancers frappent ceux qui continuent le tabac tout en ayant
cessé le cannabis par lequel ils avaient commencé
à fumer.
Ainsi, le cannabis est-il
capable de tuer : sur la route, comme par cancer
ou infarctus.
Douce, cette drogue ? D'autant plus dure qu'elle frappe
les adolescents les plus fragiles.
On a soutenu que le cannabis
serait un médicament. En réalité, il
n'est irremplaçable dans aucun cas.
Voir la Page Tabac,
alcool : où en suis-je ?
Le coût du tabac
s'ajoute aux 80 euros que coûte le cannabis chaque
mois en moyenne.
D'autres arguments peuvent bizarrement porter. Si l'adolescent
a de l'aversion pour les OGM, lui révéler
que les plants de chanvre sont génétiquement
modifiés. Ils contiennent des pesticides.
Démotivé plutôt
qu'accroché : y a-t-il une dépendance
au cannabis ?
Chez les jeunes, cette dépendance
est moins fréquente et moins difficile à guérir
que la dépendance au tabac. Elle atteint au moins
15% des consommateurs fréquents de cannabis et un
quart des détenus en maison d'arrêt.
Les premiers indices de dépendance sont l'insomnie
d'endormissement et l'obsession de s'approvisionner. Bientôt,
le consommateur ne sait plus comment vivre sans shit. Il
en a besoin pour prendre toute décision, sinon c'est
le désordre dans sa tête.
Chez le gros consommateur, l'arrêt subit déclenche
au bout de cinq à dix jours un état de
manque. Ses manifestations sont surtout psychiques :
agitation anxieuse, insomnie et cauchemars (Schierenbeck),
irritabilité, dégoût de soi-même
et des aliments (Karila). Ces troubles durent une dizaine
de jours et parfois un mois. La dépendance est certaine
chez ceux qui ne tolèrent pas de rester trois jours
sans fumer ; et chez ceux à qui le pétard
ne suffit plus, et qui passent au bang (la pipe à
eau) pour son effet violent. La drogue a été
lente, mais pas douce (Pic).
Un état de manque à la nicotine s'y ajoute,
si le sujet a arrêté aussi le tabac.
La dépendance alcoolique, elle aussi, attend les
fumeurs de hasch (Boni).
Y a-t-il un risque de troubles
mentaux ?
On a vu ci-dessus que la
première dose déclenche parfois une angoisse
avec une impulsion irrésistible : comme le cas
du tueur (le mot assassin vient de haschichin)
ou le cas du collégien qui sest jeté
par la fenêtre et qui en est mort.
La première dose peut aussi déclencher une
attaque de panique, un délire de persécution,
révéler une schizophrénie ou la faire
rechuter.
Les attaques de panique, ou "bad trips", peuvent
frapper les consommateurs habituels à tout moment.
De même que les rétablis de l'alcool font parfois
des "cuites sèches", il arrive que ceux
qui ont cessé le cannabis depuis quelques jours ou
semaines éprouvent une attaque de panique analogue
à celles du passé.
Les fumeurs habituels de haschisch deviennent responsables
d'agressions quatre fois plus que ceux qui s'en passent.
Un quart d'entre eux fera une tentative de suicide.
Un débat reste ouvert :
la consommation de cannabis est-elle conséquence
ou cause de troubles mentaux, sachant que ces troubles
sont plus fréquents chez les consommateurs de cannabis :
actes compulsifs, anxiété, dépression
à l'arrêt du produit, manque de mémoire,
hallucinations, autres dépendances, comportements antisociaux,
suicides ou tentatives de suicide, schizophrénies ?
Ou conséquence, cause et facteur d'aggravation à
la fois ?
Ainsi, celui qui fait du cannabis une auto-médication
contre un état dépressif est en danger, parce
que ses consommations aggraveront sa dépression jusqu'à
l'exposer au suicide.
Les pertes de mémoires sont redoutables pour les études
et dans les postes de sécurité.
Distincte des bouffées
délirantes mentionnées plus haut, la schizophrénie
est plus fréquente chez les consommateurs de cannabis.
Lun dentre eux relate quil ne faisait
plus attention en traversant la rue et quil se perdait.
Il devenait très angoissé, paranoïaque.
Subitement, il a eu un délire mégalomane et
mystique, assorti dhallucinations terrifiantes et
dun désir de suicide (Pic). Toutefois, la fréquence
de la schizophrénie dans la population n'a pas augmenté
depuis l'avènement du cannabis (MacLeod). Cela peut
signifier que les jeunes prédisposés à
devenir schizophrènes ont plus d'avidité pour
le hasch que les autres, et que le hasch leur fait devancer
le début de leur maladie. Même si l'on s'en
tient à cette hypothèse restrictive, ce sont
des années de santé psychique perdues. En
outre, le traitement de la schizophrénie perd beaucoup
de son efficacité chez le fumeur de cannabis, qui
continue souvent à fumer là où il est
hospitalisé, et bien plus après sa sortie.
Le
message pratique doit rester le même : refuser
la première dose.
Revenons aux consommateurs
intermittents, qui sont les plus nombreux. Ils ne
sont pas à l'abri des risques daccidents,
de grossesses et de contaminations.
C'est avec du chanvre génétiquement modifié
qu'on fabrique le hasch actuellement vendu. Celui-ci peut
contenir de l'huile de vidange, du cirage, de la colle,
et d'autres drogues.
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