Drogues, prévention :

avant de parler

 

Cannabis, autre drogues :

avant d'en parler en famille,

préparer quoi dire

Révision : 07.08.2010         Translate

 
 

Une dizaine de points essentiels :


• Aux parents de maintenir une ambiance de relations confiantes.
• Aux parents de donner l’exemple, et pas trop d'argent…
• C’est à 11-12 ans que l’enfant est le plus réceptif.
• Pour se donner assez de temps avec lui à cet âge, lui apprendre à faire la cuisine.
• Le cannabis (haschisch) démotive, dissout les amitiés, rend insouciant à tous les risques, accroche au tabac et rend client d’un trafiquant.
• Aux dangers des “doses” s’ajoutent ceux des mélanges avec l’alcool et les médicaments.
• L’état de manque est l’inverse de l’effet initial de l’alcool, de l’ecstasy, de la cocaïne et de l’héroïne.
• Plus on est initié jeune (y compris au tabac et à l’alcool), plus on risque d’être accroché. À tout âge, l’expérience n’est instructive que trop tard.
• Se fournir à crédit est affreusement dangereux, pouvant acculer à voler, trafiquer, racketter, se prostituer.
• Il n’y a pas de drogués heureux. Ils ratent leur vie de relation. Suicide et surdose sont fréquents chez eux.

Sommaire

• Drogues : à qui parler ?
• Drogues : quand parler ?
• Une ambiance, d'abord
• Drogues : préparer quoi dire

   
• Cannabis : comment change-t-il la vie ?
   • Autres drogues : des détails sur chacune ?

   
• Drogues, prévention : Client d'un trafiquant ?
   
• Drogues, Prévention : Que disent les jeunes qui résistent ?

 

• Drogues : à qui parler ?

Aucun enfant n'est à l'abri de la menace, en ville comme à la campagne. Les enfants se voient offrir du cannabis avec du tabac dès l'entrée en collège. Vers l'âge de 18 ans, un jeune sur dix consomme du cannabis tous les jours, un sur cinq est consommateur habituel d'alcool.

Les jeunes sont curieux, ils aiment se dépasser, les sensations fortes et le risque leur plaisent, par exemple le ski hors piste. Admettre ce qu’il y a là de positif.

Certains sont-ils plus vulnérables ?

Oui, si leurs parents sont consommateurs de drogues, tabac, alcool, tranquillisants ; ou atteints par le chômage, la misère, des discordes, des maladies chroniques, des troubles psychiques ; ou séparés.
Oui, si les conversations en famille sont insignifiantes ou remplacées par des heures passées devant des écrans, ce qui donne aux jeunes l'impression d'être rejetés et l'envie de prendre les stars comme modèles.
Oui, si leur caractère est dépressif. La dépression est une maladie fréquente : une personne sur cinq en est atteinte au cours de sa vie. Il est fréquent qu’elle ne soit ni soupçonnée ni diagnostiquée, notamment chez les enfants et les personnes âgées. La dépression, surtout dans sa forme “bipolaire”, avec alternance de périodes d’exaltation, rend plus vulnérable aux toxicomanies (alcoolisme compris) et au suicide.
Oui, si leur caractère est hypersensible, timide, angoissé, instable, impulsif, intolérant aux frustrations, amateur de sensations fortes ou d'émissions violentes à la télévision (Brook) ; agressif ; atteint d'hyperactivité avec déficit de l'attention (Niemelä). Beaucoup trop d'enfants ne bénéficient pas du diagnostic qui expliquerait leurs troubles.
Oui, en cas de conduites à risques : fugues, conduites routières périlleuses, rapports sexuels non protégés, sauts à l’élastique, transgressions, trahissant une impulsivité, une instabilité relationnelle et des fantasmes ordaliques comme ceux des joueurs.
Oui, s'ils prennent les drogues pour des médicaments. Nombreux à vouloir s’évader de leurs problèmes, ils s’exposent à les retrouver aggravés.

Oui, s'ils sont fascinés par les "drogues sans drogues", par exemple accrochés durablement aux écrans. Les jeunes “accrochés” à l’Internet sont plus souvent atteints de dépression que les autres (Young), avec les risques mentionnés plus haut. Ce fait incitera à dépister la dépression dans les autres cas de “drogues sans drogues”, c’est-à-dire de fascination excessive pour les jeux de hasard, les jeux vidéo, les sports de compétition, le travail etc.
Oui, si leur environnement est marqué par l’argent facile ("il a tout pour être heureux"), mais la drogue a des jambes : elle va tout droit à l'argent.
Oui, s'ils suivent comme des moutons les publicités et désinformations issues du crime organisé (y compris sur Internet) ; ou l’entraînement par des camarades.
Oui, en cas de harcèlements, agressions sexuelles, secrets de famille perturbants, ou deuils qui les incitent à s'évader de leurs problèmes. Le risque de toxicomanie est très accru chez les personnes ayant souffert de détresse post-traumatique, souvenir qu’ils taisent et dont il faut s’enquérir. À leur tour, les toxicomanes ont un risque traumatique très accru (Fidelle).
Les femmes qui ont avorté ont un risque accru d'être atteintes par l'alcool et les drogues, sauf celles qui vivent avec le père du foetus (Pedersen).

 

• Drogues, quand parler de cannabis et autres drogues ?

La prévention de masse commence en famille. Même si l’école fait un effort, elle le fait trop tard, et sans succès si les parents ne sont pas impliqués. Quand elle tente d’impliquer les parents, seule une minorité d’entre eux participe. Quant à s’en remettre aux médias, ceux-ci garantissent-ils que leurs journalistes ne sont pas consommateurs ?
Les conseils des parents sont efficaces dans de nombreux cas (Miller).

C'est à l'âge de 11 ans que l'enfant est le plus réceptif à cette éducation.

Avant, il est rarement intéressé (Benigno-Angel). Après, il n'a peur de rien et il croit rarement ce qu'on lui dit…  
Parler en famille va bien au-delà d'informer mais, quand il s'agit d'informer, la période utile est bien courte !
Il faudra que l'ambiance s'y prête.

Les parents ont-ils le temps d’amener la conversation sur les drogues ? La répétition est la base de l’enseignement. La répétition est aussi la base de la prévention.
Les enfants vivent dans un tourbillon. Les parents aussi vivent dans un tourbillon, du moins en ville. Pour se donner du temps avec son enfant de 11 ans, fille ou garçon, ma proposition est de lui apprendre à faire la cuisine. Si les parents n’en ont pas le temps, pourquoi pas les grands-parents ?
Cela donne le temps de mettre la conversation sur les aliments qu’on juge sains ou moins sains, puis d’en venir naturellement au tabac, à l’alcool, aux drogues. Cela, tout en évitant le style professoral ? Plutôt dire : “Que répondrais-tu si un camarade te disait que… ?

Une fois pré-adolescent, On ne peut que lui dire : « C'est à toi de peser le pour et le contre. » Encore heureux s'il pose des questions sur le pour et le contre…
Les grands-parents, parlant avec l'accord des parents, sont souvent efficaces, parce qu'il n'y a pas de conflit entre l'adolescent et eux.

Trop de familles s'imaginent que la prévention sera mieux faite par l'école que par eux-mêmes. Aux Etats-Unis, des centaines de "programmes de prévention" ont été proposés aux écoles. Une des conditions de leur efficacité est d'impliquer les parents (Cuijpers et références 31 à 54 de la revue de Peters).
La plupart des “programmes scolaires” américains ne visent pas la “prévention universelle”, celle qui revient surtout aux familles, mais la “prévention sélective”, pour les groupes exposés à un risque élevé : enfants de drogués, adolescents sous main de justice. Ces programmes de prévention sélective sont onéreux et lourds, comme le “Strengthening Families Program” de K. Kumpfer. Destinés aux établissements d’enseignement plutôt qu’aux parents, ils se sont prêtés à l’évaluation de leur efficacité.

En France, il a été simple d'associer les familles et les enseignants. Recevant l’appel d’EPE 77 sud (Ecole des Parents et des Educateurs) à parler devant des jeunes à Fontainebleau, j’ai obtenu de convoquer les élèves de CM2 pour deux motifs. Dès l’âge de 11 ans, le sujet les intéresse et ils se sont portés volontaires en masse ; dès l’entrée au collège, ils seront face aux trafiquants.
Ainsi, le 26 mai 09 de 14.30 à 16h, j’ai eu le bonheur d’être en face d’une quarantaine de CM2, d’autant d’élèves de sixième et d’une vingtaine d’élèves de cinquième, accompagnés de leurs enseignants. Les enfants ont participé sans cesse et ce fut adorable.

Devant rencontrer leurs parents et autres adultes le même jour à 20.30, il m’a paru honnête de les informer de ce qui avait retenu l’intérêt des enfants et des enseignants. Pour cela, entre 16.15 et 17.30, j’en ai rédigé le canevas sur un site aussitôt mis sur la toile et dont j'ai communiqué l'url aux parents :
Les 11-13 ans face aux drogues

En mars-avril 2010, j’ai rencontré 180 élèves âgés de 12 ans en moyenne, avec leurs enseignants. Avant de rencontrer leurs parents, j’ai résumé les débats dans le site
Elèves de 12 ans et drogues
de manière à ce que les parents sachent ce qui avait été débattu avec leurs enfants. Trois questionnaires d’évaluation ont été remis : aux enfants, aux enseignants et aux parents. Ils visaient notamment à révéler si les enfants avaient parlé des drogues à leurs enseignants et à leurs parents, et si c’était pour la première fois. Un enfant sur quatre a révélé que c’était la première fois qu’il avait eu l’occasion d’en parler avec ses parents.

 

• Une ambiance, d'abord !

La première prévention, ce sont des relations confiantes en famille (Kuntsche).
À chacun de se demander : « Autour de moi, fait-il bon vivre ? »
Être le parent qui interdit sans cesse, être celui qui n'admet aucune défaillance, c'est manquer de confiance.
Quand ça ne va pas, on se parle, plutôt que de se faire la tête.

Rappelons le dicton attribué à Confucius, six siècles avant notre ère : « Si tu as la chance d'avoir un fils, tu ne voudrais tout de même pas le traiter de petit crétin ! »
Ni tout lui interdire, ni tout lui permettre en croyant que c'est faire son bonheur.
Cela, dans une ambiance d'affection qui ne soit pas étouffante

Chacun se sent-il autorisé à donner son avis, à exprimer ce qu'il a sur le coeur, ses attentes ?
Chacun sent-il qu'il n'est pas rejeté, qu'on tient à lui ?
Est-on capable de se répéter qu'on s'aime ?

Chacun est-il encouragé dans ses projets et amené à réussir ?
Les "Lettres aux parents" de l'ISPA suggèrent de s'entretenir de ce qu'on éprouve à l'exception des colères ; de quoi convenir en famille en fait de droits et de responsabilités de chacun, d'un projet de fête pour un anniversaire de 15 ans, enfin en cas de transgression.
Suis-je capable de saisir les occasions de parler qu'offrent les émissions et les faits-divers ? De m'entretenir avec lui de ses éventuelles souffrances ? Si j'envisage qu'il soit déprimé ou atteint dans son psychisme, suis-je capable de l'amener à bénéficier d'un diagnostic ?

A-t-on transmis au jeune le goût des sports de santé ?
Aux jeunes, ménageons des réussites : par exemple dans des activités collectives, artistiques, dans des sports comme l’alpinisme et la voile, qui mènent à se fixer des objectifs, à endurer ce qu’il faut pour les atteindre, enfin à réussir. De là, se voir confier des responsabilités. Si un jeune n'arrive pas à être grand dans les réussites, il voudra être grand dans l'échec et dans les prises de risque.

Ai-je encouragé le jeune à tisser un réseau d'écoute mutuelle, d'appartenances communautaires, d'activités, solidarités et responsabilités où sa vie trouve sens ? Cela, tout en sachant que les drogues circulent parmi les adeptes du théâtre, de la musique et des autres arts, ainsi que sur les terrains de sports ?
A-t-il eu des occasions de s'identifier à d'authentiques adultes plutôt qu'à des stars inconsistantes  ?

Dans la vie, il n’y a pas que des réussites, et c’est dès l’enfance qu’il faut entraîner à faire face aux frustrations, plutôt que de céder à des réactions de fuite depuis les excès de prises de risques jusqu'aux drogues ?
Les drogues ne règlent aucun problème, tandis qu'elles en ajoutent de pires.
Il est normal qu’un jeune soit curieux et avide d’expérimenter mais, en matière de drogue, l’expérience est-elle instructive ? Les doses successives produisent des effets différents. Elles incitent à des comportements successifs différents. Quand s’arrêter d’expérimenter ? À quel niveau de dommages ?
Si l'on respecte les autres, pourquoi ne pas se respecter soi-même ?

Face au tabac, aux tranquillisants et à l'alcool, les parents sont-ils exemplaires ?
Le sont-ils dans leur respect de la loi comme des valeurs qui sont largement admises sur notre planète, n'en déplaise à une poignée de "briseurs de tabous". En premier lieu, le respect d'autrui et de soi-même. De là, l'équilibre entre la recherche du plaisir et l'acceptation de la réalité.
Ces valeurs sont-elles aussi promues dans son collège, son lycée ? Si la scolarité se déroule dans un internat, l'offre de drogues y est fréquente et tentante pour les enfants qui s'imaginent rejetés par leurs familles.

Sachant que les comportements à risques des adolescents sont corrélés à ceux de leurs amis, les parents sont avisés d'inviter à la maison, parmi les amis de leurs enfants, ceux qui ont le moins de comportements à risques.

Vers 14 à 15 ans, le jeune projette-t-il une fête à la maison ? D'accord, mais sans drogue ni alcool. Si un camarade en amène, ne pas l'accepter.
Convenir avec lui qu'il n'attende pas la dernière minute pour annoncer ses sorties.
Convenir de l'heure de son retour et de ce qui se passerait s'il ne rentrait pas comme convenu. Qu'il emmène un téléphone portable pour avertir en cas d'imprévu.

L'adolescent est empêtré de contradictions. Il a raison de se différencier de ses parents, parce qu'il est unique, génétiquement et spirituellement.
En même temps, il redoute de se différencier de ses copains, par crainte d'être un anormal ou d'être traité d'anormal. Voyez ses modes vestimentaires.
Voyez les statistiques sociologiques dont les médias fourmillent : présentées comme descriptives, elles sont reçues comme normatives. Autrement dit, l'ado tremble d'être un anormal s'il s'écarte de la moyenne, présentée comme norme, ou du comportement des stars.
Il est alternativement contestataire et mouton.

L’adolescent est attiré par l’interdit et par une ou plusieurs passions. Les passions sont un utile ressort à condition d'être équilibrées par un minimum d’auto-critique.

« Personne ne me comprend ! » Il est naturel que l'adolescent en soit convaincu. Arrive-t-il seulement à se comprendre lui-même ? Est-il vrai que ses copains le comprennent ou est-ce seulement son illusion ?
Plutôt lui répondre : « Nous n'arrivons pas à nous comprendre pour le moment.
Ce serait peut-être une bonne idée de demander une aide à quelqu'un dont c'est le métier. »

En famille, il serait peu efficace de se débarrasser de ses responsabilités en les rejetant sur la société, comme ceux qui répètent la phrase démobilisatrice “Il n’y a pas de société sans drogue”.
Rappelons-nous plutôt que chaque famille est déjà une société et que la plupart des familles vivent heureuses sans que personne y soit client d'un trafiquant : autant de sociétés sans drogue.

 
• Drogues : préparer quoi dire

Plutôt que de décrire les drogues et leurs effets, nous fonderons la prévention sur les comportements, le vécu quotidien des enfants, des adolescents, des trafiquants, des familles.

On ne trouvera pas donc sur ce site ce qu'on trouve abondamment ailleurs sur les sujets suivants :

- statistiques ;
- discussions sur l'offre et la demande ;
- discussion sur les "drogues douces" : toutes les drogues commencent douces. La première drogue que rencontrent les enfants est habituellement le tabac. Elle est une des plus meurtrières.
- dopage, puisqu'il ne concerne pas les sports de santé ;
- "drogues sans drogues" comme les "folies" des jeux vidéo ou Internet, des écouteurs dans les oreilles à longueur de journée, des jeux de hasard, du travail, des sports, des achats et autres fascinations qui font délaisser les relations humaines. On y reviendra dans la Page suivante. Ne mettons pas ces dépendances dans le même sac que les dépendances qui entretiennent les relations comme celles du nourrisson, du handicapé, du grand vieillard, de l'amoureux.

Quant au tabac et à l'alcool, voir les pages correspondantes de ce site.

• Cannabis : comment change-t-il la vie ?

Expliquer d'abord les neuf points forts suivants, qui seront détaillés plus loin :

1, Devenir démotivé pour l’école, au détriment de sa future qualification professionnelle.
2, Devenir démotivé pour son emploi et se faire licencier.
3, Devenir décroché de ses vrais amis.
4, Devenir insouciant des risques d'accidents, de grossesse, et de contaminations. En somme, n'être plus intéressé par rien ni par personne.
5, Devenir accroché au tabac contenu dans les joints car le tabac accroche davantage que le cannabis. La fumée mène aux cancers et à la mort subite par infarctus. Accrochées, un quart des personnes incarcérées déclarent ne pas pouvoir se passer de leurs joints. Alors, la liberté ?
6, La drogue a des jambes : elle va tout droit à l'argent.
7, Devenir client d’un trafiquant, c’est se laisser entraîner vers toutes les drogues.
8, Le consommateur ne sait jamais ce que contient la dose.
     Comment peut-il dire : « Je gère ! » ?
9, Payer sa drogue à crédit, c’est risquer d’être un jour acculé : à voler, trafiquer, racketter, se prostituer.

"Cannabis" désigne les drogues extraites du chanvre Cannabis indica, différent du chanvre textile Cannabis sativa.
Le client ne sait jamais ce que contient la "dose".
Le cannabis "herbe" contenait autrefois 0,6 à 3% de THC (la principale substance psycho-active). Le haschich vendu couramment titre 10% ou davantage. Ainsi, les mots "cannabis" et "chanvre" ont-ils radicalement changé de sens. À présent, il est parfois vendu mélangé à de l'héroïne ou à de la cocaïne pour accélérer les dépendances. Comment le consommateur peut-il dire : « Je gère. » ? Curieusement, les adolescents sont plus attentifs quand on leur révèle que le "chanvre" contient aussi des pesticides et des OGM.

Les premières doses peuvent exposer à l'ivresse cannabique : pour la plupart, c'est une longue bouffée de bien-être, de fous-rires, une exaltation de l'imagination et des perceptions, auditives en particulier, parfois des hallucinations visuelles.
Tout paraît facile. La personne est libérée de sa timidité. Le poète Baudelaire, drogué lui-même, a écrit : "Le haschisch accorde d'un côté ce qu'il retire de l'autre, c'est-à-dire l'imagination sans la faculté d'en profiter."
La concentration et les propos sont altérés, de même que l'orientation dans le temps et l'espace, mais la personne n'en est pas consciente. Le passé et le présent se confondent. Les yeux rougissent. Les fringales ne sontpas rares.

Pour d'autres, cette ivresse consiste en un malaise paradoxalement anxieux, un sentiment d'étrangeté, des idées dépressives, une attaque de panique, même un délire paranoïde ou de persécution. Parfois surviennent un tremblement, des vomissements, l'impression d'étouffer. Tant mieux si cela les dégoûte. Les bouffées délirantes aiguës surviennent en cas d'alcoolisation et de privation de sommeil associées. À l'hôpital, elles mettent plusieurs semaines à se dissiper.

Les doses suivantes, quand elles se répètent plusieurs fois par soirée, peuvent donner la bouche sèche, des nausées, des malaises.
Au fil des joints de cannabis (haschisch), l'effet recherché s'épuise, comme avec toutes les drogues et l'augmentation des doses n'y remédie pas.
La mémoire devient mauvaise, alors que le consommateur croit que sa consommation le rend plus performant.

À la longue, si les consommations deviennent quotidiennes, le problème est moins d'être accroché que décroché, au sens de démotivé.
Tout occupé à rire et à se répéter sans cesse, le consommateur de cannabis n'a plus envie de se concentrer, il a la tête ailleurs en classe comme à la maison.
Enfermé sur lui-même, indifférent à autrui, décroché de ses responsabilités, il ne se rend plus compte des conséquences de ses actes. L'auto-critique est abolie. Il tolère de moins en moins les frustrations.

La moitié des redoublements en classes de 4° et 3° sont liés à l’usage régulier du cannabis l’année précédente. Un jour l'élève sèche. Décroché de l'école, il croit que ce n'est pas grave, alors que c'est catastrophique au XXI° siècle. C'est perdre beaucoup de liberté dans le choix de sa profession.
Quand un bon élève devient paresseux, trois causes sont à rechercher : la dépression, qui n'a rien d'exceptionnel au jeune âge ; la rupture entre les parents ; le haschisch.

Quelques années plus tard, démotivé au travail, son absentéisme ira croissant et le licenciement sera à la clé. Il se vantera de ses projets mais ceux-ci n'aboutiront pas. Le hasch est une autoroute vers le chômage. Pour comparer le comportement au travail des candidats détectés comme consommateurs de marijuana et des autres candidats à l’embauche, la Poste des États-Unis les a tous embauchés. Cela lui a permis de constater chez les premiers une augmentation de près de moitié de l’absentéisme, des actes d’indiscipline, des blessures lors de bagarres, des accidents du travail et des démissions ou licenciements (Zwerling).

Décroché aussi de ses vrais amis, c'est grave en soi et c'est aggravant. Lors de ses nombreux entretiens avec les toxicomanes en voie de rétablissement à Pellevoisin, Ambroise Pic a remarqué la dévastation des amitiés.
Chacun souhaite réussir dans ses relations de famille, d’amitié, d’amour et de vie sociale. Aime-t-il autrui pour lui-même ? Aristote’avait déjà posé cette question.
Mon enquête de rue le confirme : au-delà du plaisir et du bien-être, les premières raisons de vivre sont d’aimer et d’être aimé.
Le drogué s’isole, contrairement à son illusion d’être l’ami de tous. Indifférent au monde extérieur, indifférent au bonheur de ses proches, il se fout royalement de tout. Il cesse d’être vrai. Le joint n’est qu’une caricature de partage. Le fumeur de joints ne fréquente plus que le groupe qui fume et trafique. En l'absence de hasch, on devient incapable de passer du temps ensemble.
Le consommateur désire-t-il combler un vide affectif ? Il agrandit ce vide en se coupant de ses amis et en s’enfermant dans le plaisir pour soi en boucle fermée. Cela devient angoissant de ne plus savoir si l’on est aimé (Pic). Le repli sur soi s'accentue, au détriment de la vie de relation.
Le consommateur se désintéresse de sa famille. L'esprit civique, s'il existait, s'est envolé. Abîmer sa vie de relation, c’est mépriser un besoin de la nature humaine.

Décroché enfin de la vigilance routière : il est prouvé que le consommateur ordinaire de hasch, non encore dépendant, a un risque d'accident presque triplé, en deux-roues au moins autant qu'en voiture.
On estime qu'un seul joint perturbe la conduite autant que trois verres de vin, de bière ou de pastis.
Il est insouciant de son excès de vitesse comme de son casque ou de la ceinture de sécurité. Conduire sans permis ni assurance lui paraît anodin. Grâce aux appareils simulant la conduite des véhicules, il est prouvé que ses écarts à la bordure de la voie fluctuent anormalement. Ses temps de réaction et ses distances de freinage sont allongés. Ses repères dans le temps et dans l'espace sont brouillés. La durée du défaut de vigilance atteint 24 heures.

La conduite sous cannabis double en moyenne le risque d'accident mortel. Un quart des cerveaux des conducteurs décédés à moins de trente ans contiennent du cannabis. Dans 14 à 20% des cadavres de la route, on trouve du cannabis. C'est l'origine de la "loi Marie-Lou".
Un camion a été intercepté à 143 km/heure, selon une information publiée le 05/01/2008. Le conducteur était sous l'emprise du haschisch. Il avait trafiqué le dispositif de contrôle de vitesse. Le tribunal appréciera à quel degré la responsabilité du patron de l'entreprise est engagée, elle aussi.

Même celui qui a cessé de consommer n'est pas à l'abri d'un accident pour deux raisons : la lenteur de l'élimination et la survenue imprévisible d'un "flash-back" avec ivresse cannabique, agressivité.
Ce risque routier a été longtemps sous-estimé pour deux raisons. Le THC, le toxique du hasch, atteint souvent la concentration de 25% contre 2,5% il y a une quinzaine d'années, quand il est importé de Grande-Bretagne ou des Pays-Bas. En second lieu, dans le corps, il ne se détecte pas comme l'alcool, qui passe vite dans le sang, la salive et l'urine. Le THC est puissamment retiré du sang par les graisses du cerveau. Il ne passe qu'à faible concentration dans la salive et l'urine, mais on l'y retrouve pendant deux mois, lentement relâché par le cerveau. Chaque joint accumule davantage de THC dans le cerveau.

Le hasch donne soif, notamment pour les boissons gazeuses. Il augmente le plaisir qu'apporte l'alcool, ce qui aggrave les conséquences.
Le fumeur de hasch ne se soucie guère d'avoir bu de l'alcool avant de rouler. Cela multiplie par 14 le risque d'être responsable d'un accident mortel, selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Rappelons que le cerveau humain normal produit, en certains endroits, des substances opioïdes et cannabinoïdes ayant des propriétés analogues à celles des opiacés et du cannabis. L'alcool administré au Rat augmente ses endocannabinoïdes (Caillé).

Un autre mélange dangereux est celui des médicaments tranquillisants usuels, les benzodiazépines (Dally).
Même pour un piéton, ce risque est accru.
Mettez une souris blanche à rester en équilibre sur un manche à balai qui tourne lentement. Injectez-lui des doses d'alcool et, le lendemain, de THC, très inférieures à celles qui la feraient tomber. Une semaine plus tard, donnez-lui les deux ensemble : elle ne tarde pas à tomber en arrière, comme me l'a indiqué le Pr. J. Costentin, de Rouen.

Hasch et alcool réunis rendent insouciants aux risques de grossesse et de contamination.
Le cannabis accroît les risques mortels de l’ecstasy (Dumont)
Autant de sujets de conversations en famille. Aux amateurs de discothèques, demander si celle ou celui qui tiendra le volant ou le guidon au retour sera celle ou celui celui qui n'aura ni bu ni consommé aucune drogue. Même le cannabisme passif, après avoir respiré dans en atmosphère enfumée par les autres, peut rendre positif au contrôle routier.

En apprentissage puis au travail, le risque d'accident du travail est accru lui aussi.

La santé s'en ressent. L'appétit est augmenté mais le poids diminue. Plus tard apparaîtra une bronchite qui deviendra chronique, essoufflera, éloignera des sports de santé ; une laryngite, qui enrouera. Cela, parce qu'un joint contient 50 mg de goudron au lieu des 10 mg d'une cigarette de tabac. Utiliser une pipe à eau oblige à inhaler la fumée, ce qui goudronne davantage les bronches.
Le hasch rend insouciant du risque de maladie sexuellement transmissible et de grossesse indésirée : il fait négliger le préservatif.
Le foetus dont la mère fume du hasch risque d'être un "enfant hyperactif" mais atteint de retard scolaire.
Chez d'autres, le cannabis fait obstacle à la fertilité féminine et masculine.
Près de 100 enfants de moins de 3 ans se sont intoxiqués à Marseille en avalant du haschich qui traînait à la maison (Spadari).

Il faut du tabac, d’habitude, pour rouler un joint dans du papier à cigarettes. Ces pétards accrochent au tabac des multitudes de jeunes (Patton). L’enfant a-t-il appris de ses parents le danger de devenir toxico du tabac ?
Les fumées des deux produits additionnent leurs effets cancérigènes sur les poumons, l'œsophage, la gorge et la langue ; et leur tendance à obstruer les artères, notamment celles du cœur, menant prématurément à l'infarctus. Ces cancers frappent ceux qui continuent le tabac tout en ayant cessé le cannabis par lequel ils avaient commencé à fumer.

Ainsi, le cannabis est-il capable de tuer : sur la route, comme par cancer ou infarctus.
Douce, cette drogue ? D'autant plus dure qu'elle frappe les adolescents les plus fragiles.

On a soutenu que le cannabis serait un médicament. En réalité, il n'est irremplaçable dans aucun cas.
Voir la Page Tabac, alcool : où en suis-je ? 

Le coût du tabac s'ajoute aux 80 euros que coûte le cannabis chaque mois en moyenne.
D'autres arguments peuvent bizarrement porter. Si l'adolescent a de l'aversion pour les OGM, lui révéler que les plants de chanvre sont génétiquement modifiés. Ils contiennent des pesticides.

Démotivé plutôt qu'accroché : y a-t-il une dépendance au cannabis ?

Chez les jeunes, cette dépendance est moins fréquente et moins difficile à guérir que la dépendance au tabac. Elle atteint au moins 15% des consommateurs fréquents de cannabis et un quart des détenus en maison d'arrêt.
Les premiers indices de dépendance sont l'insomnie d'endormissement et l'obsession de s'approvisionner. Bientôt, le consommateur ne sait plus comment vivre sans shit. Il en a besoin pour prendre toute décision, sinon c'est le désordre dans sa tête.
Chez le gros consommateur, l'arrêt subit déclenche au bout de cinq à dix jours un état de manque. Ses manifestations sont surtout psychiques : agitation anxieuse, insomnie et cauchemars (Schierenbeck), irritabilité, dégoût de soi-même et des aliments (Karila). Ces troubles durent une dizaine de jours et parfois un mois. La dépendance est certaine chez ceux qui ne tolèrent pas de rester trois jours sans fumer ; et chez ceux à qui le pétard ne suffit plus, et qui passent au bang (la pipe à eau) pour son effet violent. La drogue a été lente, mais pas douce (Pic).
Un état de manque à la nicotine s'y ajoute, si le sujet a arrêté aussi le tabac.
La dépendance alcoolique, elle aussi, attend les fumeurs de hasch (Boni).

Y a-t-il un risque de troubles mentaux ?

On a vu ci-dessus que la première dose déclenche parfois une angoisse avec une impulsion irrésistible : comme le cas du tueur (le mot assassin vient de haschichin) ou le cas du collégien qui s’est jeté par la fenêtre et qui en est mort.
La première dose peut aussi déclencher une attaque de panique, un délire de persécution, révéler une schizophrénie ou la faire rechuter.
Les attaques de panique, ou "bad trips", peuvent frapper les consommateurs habituels à tout moment.
De même que les rétablis de l'alcool font parfois des "cuites sèches", il arrive que ceux qui ont cessé le cannabis depuis quelques jours ou semaines éprouvent une attaque de panique analogue à celles du passé.
Les fumeurs habituels de haschisch deviennent responsables d'agressions quatre fois plus que ceux qui s'en passent. Un quart d'entre eux fera une tentative de suicide.

Un débat reste ouvert : la consommation de cannabis est-elle conséquence ou cause de troubles mentaux, sachant que ces troubles sont plus fréquents chez les consommateurs de cannabis : actes compulsifs, anxiété, dépression à l'arrêt du produit, manque de mémoire, hallucinations, autres dépendances, comportements antisociaux, suicides ou tentatives de suicide, schizophrénies ?
Ou conséquence, cause et facteur d'aggravation à la fois ?

Ainsi, celui qui fait du cannabis une auto-médication contre un état dépressif est en danger, parce que ses consommations aggraveront sa dépression jusqu'à l'exposer au suicide.
Les pertes de mémoires sont redoutables pour les études et dans les postes de sécurité.

Distincte des bouffées délirantes mentionnées plus haut, la schizophrénie est plus fréquente chez les consommateurs de cannabis. L’un d’entre eux relate qu’il ne faisait plus attention en traversant la rue et qu’il se perdait. Il devenait très angoissé, “paranoïaque”. Subitement, il a eu un délire mégalomane et mystique, assorti d’hallucinations terrifiantes et d’un désir de suicide (Pic). Toutefois, la fréquence de la schizophrénie dans la population n'a pas augmenté depuis l'avènement du cannabis (MacLeod). Cela peut signifier que les jeunes prédisposés à devenir schizophrènes ont plus d'avidité pour le hasch que les autres, et que le hasch leur fait devancer le début de leur maladie. Même si l'on s'en tient à cette hypothèse restrictive, ce sont des années de santé psychique perdues. En outre, le traitement de la schizophrénie perd beaucoup de son efficacité chez le fumeur de cannabis, qui continue souvent à fumer là où il est hospitalisé, et bien plus après sa sortie. Le message pratique doit rester le même : refuser la première dose.

Revenons aux consommateurs intermittents, qui sont les plus nombreux. Ils ne sont pas à l'abri des risques d’accidents, de grossesses et de contaminations.
C'est avec du chanvre génétiquement modifié qu'on fabrique le hasch actuellement vendu. Celui-ci peut contenir de l'huile de vidange, du cirage, de la colle, et d'autres drogues.

 

• Autres drogues : des détails sur chacune ?

Il est illusoire de s'étendre sur l'effet de chaque drogue, pour trois raisons.
• La première, répétons-le, c'est que le client ne sait jamais ce que contient la "dose".
On l'a vu pour le haschisch.
Quant à l'héroïne, la teneur d'une dose est passée de 7 à 20% ou davantage ; celle de cocaïne aussi. Ainsi le risque de mort par surdose est quotidien.

• La seconde raison est que les clients des trafiquants font eux aussi toutes sortes de mélanges, en commençant par des médicaments et de l’alcool qu’ils chipent à leurs parents, et en continuant avec de drôles de pilules dont la composition n’est pas claire. Il leur faudra du cannabis contre la gueule de bois…
Les toxicos deviennent des polytoxicos d'autant plus souvent que leurs premières consommations ont été plus précoces.
Par exemple, les rave-parties débutent dans l'alcool et le cannabis, après lesquels l'ecstasy débarque en force. La "descente" de l'ecstasy étant pénible, les trafiquants offrent alors de l'adoucir par de l'héroïne à fumer ou à injecter.

• La troisième raison est qu'à force de décrire l'effet immédiat de chaque drogue, l'attention se détourne de l'état de manque, alors que c'est lui qui caractérise et rend cruelles les dépendances.

De brèves informations suffiront donc, d'autant plus que les drogues licites comme le tabac et l'alcool font l'objet de Pages particulières :
Alcoolisme : parler en famille
Tabac, tabagisme : parler en famille

L'ecstasy ou MDMA, 20 minutes après avoir pris le comprimé, et durant deux à six heures, efface la timidité, amplifie les émotions et fait désirer le contact avec les autres en donnant l'illusion de les comprendre. Elle anesthésie à la fatigue. Elle accélère le coeur et la respiration et augmente la tension artérielle. Son effet sexuel est de développer l'imaginaire, souvent au détriment des réalisations. Les consommateurs réguliers d’ecstasy hétérosexuels n’utilisent le préservatif que dans la moitié des occasions (Dunn).
Elle provoque parfois des crises d'angoisse, de panique, de mégalomanie, d'hallucinations suivies de violences.

La plupart des danseurs des rave-parties commencent par le cannabis et l'alcool, qui leur font désirer l'ecstasy. Pour éviter les désagréments de la descente, on leur propose de la "sabla", à base d'héroïne. La plupart conduisent un véhicule pour s'y rendre. Au retour, seront-ils encore capables de prudence routière ?

L'ecstasy fait transpirer, ce qui déshydrate le corps. S'il fait chaud en même temps, la température du corps peut monter au-delà de 42° sans que le danseur en soit conscient. Les reins peuvent se bloquer du fait de la déshydratation et de la fonte des muscles. Des crampes, une poussée d'hypertension, une épilepsie, une hépatite grave, un défaut de coagulation du sang peuvent survenir.
Le coeur ne s'arrête qu’une fois sur 10 000, mais comment être sûr d’y échapper ?

Le risque de surdose est grand. La dose "usuelle" est de 40 mg et la dose mortelle avoisine 120 mg. Les pastilles à 60 mg ne sont pas rares et 1% des pastilles atteignent ou dépassent 120 mg. Le "testing" des pastilles ne donne aucune sécurité. La surdose se manifeste par une perte de connaissance et souvent des convulsions. Il n'y a pas d'antidote. La réanimation en urgence peut s'imposer, non sans retard en cas de rave-party.

La “descente” dure plusieurs jours, marquée par la fatigue, la dépression, parfois la sensation douloureuse de cognements dans la tête et même un délire.

L'usage répété d'ecstasy ne fait pas retrouver le plaisir du début. Il détériore la mémoire et le jugement. Il rend insomnique (Schierenbeck), irritable, anxieux et déprimé. Il expose à la surdose parce que l'ecstasy est très lente à s'éliminer de l'organisme et parce que des envies folles d'ecstasy peuvent surgir. Des délires (flash-back) peuvent persister après l'arrêt des consommations.
Les amphétamines, ou "speed" ont des effets analogues. L'ecstasy est une amphétamine.
L’usage répété d’ecstasy et autres amphétamines peut déterminer des hypertensions des artères pulmonaires qui menacent la vie.

La cocaïne accélère la pensée, donne une illusion de toute-puissance, fait parler sans arrêt, dilate les pupilles, coupe l'appétit alimentaire, gomme la fatigue. Elle facilite les décisions, mais aussi les prises de risque. Elle facilite la relation à autrui.
La cocaïne donne une illusion de toute-puissance, notamment l’illusion de pouvoir maîtriser ses consommations.
Elle permet de boire davantage d’alcool sans tomber par terre mais l’intoxication est aggravée. L’accroissement du désir sexuel peut conduire à des agressions. La réalisations sont souvent décevantes.

Si l’on ne sniffe qu’une fois, l’effet stimulant dure une ou deux heures et la “descente” une demi-journée. Par contre, si l’on répète les doses du vendredi soir au dimanche matin, l’épuisement consécutif déborde la journée du dimanche et ne s’efface complètement que le mercredi. La "descente" est marquée par une fatigue intenses, des palpitations, un refroidissement des extrémités et du sexe assorti d'une faim dévorante et d’une dangereuse dépression… qui fait à nouveau rechercher la cocaïne. Pour atténuer la descente, le cocaïnomane ajoute de l’alcool et d’autres drogues.
À tout moment de la semaine peut revenir le “craving”, c’est-à-dire “les envies folles”, le “crever d’envie”, comme disent les consommateurs.

Le cocaïnomane est plutôt agité que planant, à la différence de l’héroïnomane. Il maigrit. Il est insomnique (Schierenbeck). Sa concentration et sa mémoire deviennent irrégulières. Il devient sujet à des crises de panique, de paranoïa, de dépression et à une agressivité permanente. Dans les milieux du spectacle, c’est ainsi qu’il détruit sa carrière.

Il peut être encore atteint de constipation, de crises d’épilepsie, d'hypertension artérielle, ou mourir de crise cardiaque, d’autant plus que les cocaïnomanes sont souvent grands fumeurs ; d’asthme, d'hypertension artérielle pulmonaire. Des morts par surdose ont été constatées.
Les tentatives de suicide dépassent 40% chez les personnes dépendantes de cocaïne, notamment si elles sont aussi dépendantes de l’alcool (Roy).
Prise lors d’une grossesse débutante, la cocaïne détermine des malformations et des retards mentaux.
Sniffer avec une paille écorche souvent la muqueuse à l’intérieur du nez. Partager une pailles expose ainsi au sida et à l’hépatite C. À la longue, l'écorchure perfore la cloison nasale.

Aux services d'urgence, dans les hôpitaux du Piémont, 10% des adultes impliqués dans des accidents de la circulation sont détectés positifs à la cocaïne (Siliquini).
En outre, la cocaïne fait rechercher l'alcool et d'autres drogues, ce qui augmente les toxicités. La cocaïne fait rechercher certains médicaments alors qu'elle les contre-indique. Elle est parfois vendue mélangée avec d'autres toxiques ou pour atténuer l'état de manque à l'héroïne.
Le crack et la free-base sont à base de cocaïne. On les fume pour obtenir un effet plus rapide que la prise nasale. Ils favorisent les consommations compulsives et les descentes épuisantes, mais leurs réputations sont opposées : défavorable pour le crack et favorable pour la free-base. Il arrive aux jeunes toxicomanes à la cocaïne ou au crack de tout casser à la maison. Le crack est à l'origine d'actes de violence commis par des bandes de jeunes.

La dépendance à la cocaïne s’installe rapidement mais le consommateurs n’en prend conscience que des années plus tard. Il est difficile de combattre le souvenir du plaisir passé (et perdu à tout jamais). Pour soigner le cocaïnomane, on ne dispose pas de produit de substitution, mais seulement de psychothérapie comportementale. Celle-ci vise à repérer les tentations et à convenir de stratégies pour y faire face (Karila).

Le LSD, qui est l'hallucinogène le plus consommé, est apprécié lorsqu'il entraîne un bien-être assorti d'hallucinations colorées. Chez d'autres, ce sera le "bad trip" ou mauvais délire, qui épouvante souvent : attaque de panique, idées de persécution, impression de dépersonnalisation, du corps qui se disloque, délires cauchemardesques peuplés de démons, causes de violences contre autrui ou contre soi-même. La "descente" est très désagréable.
Plusieurs semaines ou mois après l'arrêt de consommation, il peut arriver des "retours d'acide" (flashback) : retours d’angoisses et hallucinations.
Le premier timbre-buvard de LSD, chez un sujet prédisposé et qui l'ignore, peut être un aller simple pour l'hôpital psychiatrique.
Les autres hallucinogènes, chimiques (kétamine entre autres) ou tirés de champignons, vendus sur Internet, produisent leurs effets pendant plusieurs heures. Ils font risquer la mort.

Les poppers procurent une bouffée de chaleur assortie de quelques minutes d'excitation sexuelle. Leur association au Viagra expose à des accidents cardiaques. À la longue, les poppers rendent anémique.

L'héroïne ne procure jamais davantage de plaisir qu'à la première ou à la seconde dose injectée ou fumée. Le plaisir disparaît bientôt pour toujours. C'est en vain que le consommateur fait n'importe quoi pour retrouver ce plaisir inoubliable, et c'est comme cela qu'il devient accroché. Les injections ne lui servent plus qu'à se sentir moins mal.
Même si le toxico se prive d'héroïne pendant plusieurs années, la première dose qu'il s'injectera ensuite ne lui fera pas retrouver le plaisir du début. Les rechutes sont pourtant fréquentes.

Avec l'héroïne, le manque, c’est en premier lieu l’obligation d’augmenter les doses parce que le plaisir s'estompe. Vite, ce sont des signes spécifiques : intenses douleurs partout et pour plusieurs jours, notamment dans la tête, le ventre et le bas du dos ; pupilles dilatées, larmes, bâillements, chair de poule, diarrhée. Il s’y ajoute des troubles communs à la plupart des états de manque : angoisse de mort, sueurs, agitation, insomnie, soulagement par la consommation, échec des tentatives de modération, obsession de l'approvisionnement, négligence des responsabilités, poursuite des consommations malgré la détérioration de la qualité de vie.

L'héroïne détermine des épisodes dépressifs, des crises d'angoisse aigüe (dans le manque) et des délires.
La mort par surdose peut arriver soit parce que le trafiquant a vendu une héroïne moins délayée qu'auparavant, soit par mélange de drogues, soit par suicide, soit après une période d'abstinence. Quand la prison réalise un sevrage d’héroïne, le sortant risque de mourir de surdose (Krinsky).
Le partage des seringues expose au sida et davantage aux hépatites C (3.000 contaminations par an) et B, dont les virus sont beaucoup moins fragiles que celui du sida. Silencieusement, ces hépatites évoluent en cirrhoses puis en cancers du foie.
Dans les seringues confisquées en prison, on a trouvé du virus de l’hépatite C (Dolan).

De plus en plus, l'héroïne se sniffe ou se fume, à la suite de la baisse de son prix (Karila 2008). La paille qu'on se passe pour sniffer peut transmettre l'hépatite C. Le risque de surdose paraît moindre, lui aussi, en l'absence d'injection.

La plupart des héroïnomanes prennent longuement de la méthadone comme substitution, malgré ses effets secondaires peu agréables. Leur mortalité s'en trouve diminuée mais ils restent des toxicomanes. Ils ajoutent souvent une dépendance aux benzodiazépines (tranquillisants), à l'alcool et à la cocaïne (Laqueille).

Un autre produit, le GHB, qui n’a aucun goût, se verse facilement dans un verre de jus de fruits, et la fille ne garde aucun souvenir de ce qui lui est arrivé pendant les trois quarts d’heure qui précèdent son réveil. Aux parents de mettre en garde. Des jeunes ont cru faire une économie en distribuant du GBL (gamma-butyrolactone), un solvant de peinture et produit de nettoyage censé se transformer en GHB dans l'organisme. Les consommateurs se sont retrouvées à l'hôpital dans le coma.

Les médicaments tranquillisants et somnifères usuels, (benzodiazépines), consommés au-delà de quelques jours, deviennent moins efficaces par un effet de "tolérance". Ils détériorent la mémoire. À la longue, ils créent une dépendance avec un état de manque à l'arrêt : agitation, anxiété, insomnie, douleurs musculaires. Il est nécessaire et possible de diminuer les doses, mais très lentement. Mettre en garde contre les offres de tranquillisants sans ordonnance sur l'Internet (Forman)
Les antidépresseurs ne sont nullement indiqués pour surmonter un chagrin ordinaire. On en éprouve plutôt leurs désagréments initiaux.

Les colles, leurs solvants et les détachants inhalés par les enfants abandonnés dans les rues de nombreux pays, procurent une détente et un engourdissement. Celui qui s'enferme la tête dans un sac pour en inhaler peut mourir asphyxié. Confusion mentale durable, troubles parfois mortels du rythme cardiaque, lésions durables du foie, des reins, des poumons, des oreilles sont les autres risques des colles.

 

• Drogues, prévention : Client d'un trafiquant ?

Ce n'est pas par hasard que la pression des trafiquants s'exerce presque uniquement sur les enfants et les adolescents. C'est parce que les jeunes sont les plus tentés par ce qui est "interdit" et qu'ils sont les plus vulnérables pour devenir dépendants . La dépendance, c'est ne plus pouvoir se passer du produit sans ressentir un manque.
Dès l’âge de l’entrée en collège, la pression des trafiquants sur les enfants devient permanente.
Cette pression émane des petits revendeurs extérieurs au collège et des camarades devenus trafiquants. Dans les collèges où le principal laisse tout aller, il y a un dealer dans presque chacune des classes. Répétons-le, les premiers visés sont les enfants qui ont trop d’argent de poche. La drogue a des jambes. Elle va tout droit à l'argent.

Être devenu client d'un trafiquant mène à quoi ?
Le revendeur propose en premier lieu le cannabis (marijuana, haschisch, shit, pétards) à fumer avec du tabac. Le trafiquant ne gagne qu'une misère sur les pétards, et il ne vise qu'à vendre bien pire. Il pousse à consommer des mélanges parce que c'est un bon procédé pour accrocher.
D'autres revendeurs proposent en premier lieu l'ecstasy ou une amphétamine similaire ("speed"). Les trafiquants savent que le hasch augmente le plaisir qu'apporte la première dose d'héroïne.

Une fois le client accroché, vendre la drogue à crédit est l'arme favorite du trafiquant.
C'est affreusement dangereux. Faute de remboursement, le dealer envoie une grande brute rosser le client, lui arracher son portable, sa montre, son blouson, parfois ses baskets, et ajouter des menaces contre la famille et ses biens. Rentré chez lui, le drogué sera incapable d’avouer la vérité à ses parents. Les relations familiales se dégraderont, comme le montrent les vidéos
Jeunesse sans drogues
de Sophie Daoût, dont le fils est mort de drogue
. Le jeune n'aura plus qu'à voler, devenir trafiquant à son tour, racketter ou se prostituer. En famille, il devient violent. Il court même un risque de suicide.
L’enfant devenu trafiquant va démolir la liberté et la santé des autres… pour finalement démolir les siennes.
Du fait du milieu choisi, et du fait qu'on est incapable de se défendre après avoir consommé, ce jeune va même être victime de vols et de rackets plus souvent que ceux qui vivent sans drogues. Quant au trafic, il en mène plus d’un et plus d’une en prison. La prison est loin de toujours réaliser un sevrage. Même alors, elle ne guérit nullement de la toxicomanie.

Le petit revendeur gagne moins qu'on ne l'imagine et il a chaque année unechance sur cinq d'être arrêté.
Le petit revendeur, s’il trahit son pourvoyeur, ne risque guère que d’être racketté, rossé et menacé comme ci-dessus. Le pourvoyeur, lui, s’il trahit le grand trafiquant dont il est le client, risque d’être assassiné. Telles sont les règles des réseaux du “crime organisé”, réseaux qui tiennent en main les trafics de drogues, d’armes, de diamants de contrebande et de personnes forcées à se prostituer.
La prostitution des filles et des garçons amplifie le marché de la drogue. La promotion de l’homosexualité dans les médias aussi.

Ces mêmes réseaux ont l’ardente obligation d'être influents dans les administrations et les médias, partout dans le monde. Ils en ont les moyens. Y ont-ils réussi ? Leur mot d'ordre actuel est de minimiser le risque routier. Les ventes de cannabis en France s'élèvent à environ 800 millions d'euros par an (Legleye).
Il est instructif de lire les débats des nombreuses conférences internationales consacrées aux stupéfiants. Sous quelle influence le même état soutient-il officiellement des positions diamétralement opposées suivant que la drogue à l'ordre du jour (cocaïne, héroïne, tabac, alcool, drogue de synthèse, médicament hypnotique) provient ou non de son territoire ?
L'argent de la famille ira-t-il aux réseaux du crime organisé ?

Revenons au vécu quotidien des drogués. Les rituels autour des "joints" ne donnent qu'une illusion de solidarité. Dans ce milieu, il n'y a pas d'amis. C'est chacun pour soi.
Une fois accrochés aux drogues autres que le cannabis et le tabac, leurs ruptures affectives et sociales se multiplient et leur qualité de vie devient exécrable.
Ils perdent leurs dents parce qu'ils se soutiennent par des sucreries, ne se brossent pas les dents et soignent leurs douleurs dentaires à coup de doses. Leurs maladies (sida, hépatites B et C, tuberculose) ne sont pas soignées ou le sont mal, parce qu'ils n'en ont cure et n'ont aucune assiduité aux soins.

La perte définitive du plaisir, mentionnée ci-dessus à propos de l'héroïne, est la règle dans la plupart des dépendances, y compris la dépendance alcoolique.
Il n'y a pas de drogué heureux.

Au contraire, la plupart de drogués deviennent dépressifs et beaucoup se suicident (Benyamina). Les drogués ne vivent pas vieux mais il existe des drogués de plus de 50 ans. Ils se cachent. Leur santé physique et mentale est très dégradée (Beynon).

En diffusant les informations qui précèdent, les parents s'affirment comme crédibles, ce qui ne serait pas le cas avec des affirmations sommaires comme « La drogue, c'est la mort ! »

S'il est bon, pour le jeune, d'en "savoir plus", comme le propose à juste titre la MILDT, l'objectif doit-il être qu'il "risque moins" ?
Le risque zéro est ici à portée de main. Pourquoi y renoncer ?

Devant un jeune qui consomme une drogue, peut-on parler d'un comportement d'auto-destruction ?
Ce n'est pas toujours ressenti.
Bien des consommateurs ne regardent pas au-delà du bien-être immédiat. D'autres se saoulent sans réfléchir davantage que des moutons : « Je fais comme tout le monde… »

Le jeu d'auto-destruction devient clair quand les défonces se répètent.
Certes, l'obnubilation et la désorientation sont souvent recherchées pour s'évader des difficultés et du mal-être, plutôt que de leur faire face : mais ces auto-destructions de la conscience, temporaires au début, sont bel et bien voulues.

Objectivement, le terme d'auto-destruction prend son sens quand on regarde l'avenir : répétons que le suicide est plus fréquent et le décès plus précoce chez les personnes accrochées à l'alcool ou aux drogues illicites. Bien entendu, il ne s'agit pas d'une fatalité mais seulement d'une probabilité.

 

• Drogues, Prévention : Que disent les jeunes qui résistent ?

Les réponses aux sondages que nous avons menés dans les rues
Drogues, prévention : motifs déclarés du refus
Abus d'alcool, prévention : motifs déclarés du refus
manifestent que ces jeunes tiennent à leur liberté et à leur santé quand ils ont en tête un risque grave comme la toxicomanie ou le sida. "C'est plus facile de ne jamais en prendre que d'arrêter".
Toutefois, il ne s’est dégagé qu’une faible majorité pour déclarer important le motif Les souffrances du manque et de la galère, je n’en veux pas. En famille, raison de plus pour mettre la conversation sur ce sujet.

 

Références
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Relire ci-dessus :

 

• •  Merci des remarques à fbesan suivi de @gmail.com • •
Cette correspondance restera confidentielle.

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