|
Discussion.
On
évaluera tour à tour le risque de suicide de
l'endeuillé, les critères proposés par
le questionnaire et l'efficacité de ce questionnaire
Discussion
du risque
de suicide de l'endeuillé
Le risque de
suicide dun endeuillé membre dun
de ces groupes, quoiqu'exceptionnel, est à considérer.
Il est dautant plus grand que le suicide est plus
récent, que lendeuillé est plus jeune
et quil est plus proche affectivement du disparu.
Voir à ce sujet les Pages Le
suicide est-il contagieux ?
En France, où la cause
suicidaire des décès est tenue secrète
par létat-civil,
il paraît hors datteinte dorganiser des
comparaisons entre les personnes en deuil selon quelles
ont ou non été assidues à des groupes
dentraide.
Tenter une comparaison avec
les personnes qui auraient refusé de participer ou
qui auraient rapidement quitté un groupe serait négliger
le fait qu'elles ne peuvent pas être considérées
comme comparables initialement à celles qui auraient
été assidues.
Surtout, les suicides des endeuillés
sont si rares quun nombre démesuré danimateurs
de groupes devrait se concerter pour les compter et comparer
statistiquement leur incidence avec celle publiée à
propos de la contagiosité du suicide. Rappelons qu'en
Angleterre, pour démontrer une réduction de
15% des suicides chez ceux qui ont fait une tentative, il
faudrait en suivre 45 000 pendant huit ans ou 142 000
pendant un an (Gunnell 1994).
De fait, 20% à 50% des participants reconnaissent arriver
avec des idées suicidaires (si on leur pose la question).
Loin de considérer le groupe comme responsable du suicide,
on remarque que les participants sont nombreux à avoir
attesté que ces groupes, loin d'aggraver leurs idées
suicidaires, les en ont délivrés. Il est de
plus en plus admis que la postvention (par le groupe) est
une prévention.
Les groupes animés
par des professionnels se distinguent par leur qualité
et leur degré de sécurité mais ils
sont incapables de faire face à la quantité
des besoins, surtout en milieu rural. C'est ce qui légitime
les groupes animés par des bénévoles
en deuil :
Partager les deuils après suicides : groupes
d'entraide
Y a-t-il une efficacité spéciale des "self-help
groups" animés par des bénévoles
formés, tenant à ce que que les personnes
en deuil y sont entre elles et se reconnaissent les unes
dans les autres ? Ce n'est pour l'instant qu'une hypothèse.
Leur promoteur, E. Dunne-Maxim m'a indiqué n'y avoir
entendu parler que d'un seul cas de suicide en plus de quinze ans,
soit beaucoup moins qu'il n'en serait survenu en l'absence
de groupe.
En conclusion, il est raisonnable
d'estimer que, quand ces derniers groupes se seront développés
à la mesure des énormes besoins, ils préviendront
bien davantage de suicides par contagion que les trop
rares groupes animés par des professionnels.
Discussion
des critères
proposés par le questionnaire
Des critères
autres que le risque suicidaire se trouvent dans les questionnaires
construits par les psychologues en vue dévaluer
les sentiments de deuil ou de détresse
post-traumatique, par exemple le GEQ utilisé
par Callahan en 2000 et le HGRC de Nancy Hogan (2001).
La plupart
des 22 questions proposées ci-dessus ces
questions sont tirées du questionnaire HGRC de
Nancy Hogan. Ce questionnaire n'est pas constitué
par les idées préconçues de l'auteur,
mais par les expressions spontanées des personnes
en deuil.
Les 22 questions
sont assez peu nombreuses pour rendre l'interrogatoire
tolérable dans le contexte difficile du deuil
après suicide.
Il reste à vérifier pour le moins la reproductibilité
des réponses dans lépreuve test-retest.
Interroger sur chaque item séparément
est un moyen de les sélectionner et de différencier
leur poids en fonction des résultats.
Même
si les questionnaires passés en revue par Neimeyer
et Hogan (2001) satisfaisaient pour la plupart aux contrôles
psychométriques usuels, ils se prêteraient
mal à évaluer une
efficacité thérapeutique.
En effet, les
concepts médicaux
de constance, de spécificité, et dinégale
valeur des symptômes en vue dévaluer les
services rendus sont étrangers à ces questionnaires
où les items sont d'un poids égal, en si grand
nombre et si souvent agglutinés que les variations
utiles risquent de ne pas se dégager significativement.
J'ai ajouté des questions
particulières à la détresse post-traumatique
et au suicide, mais je répète que la détresse
post-traumatique relève des professionnels et contre-indique
les groupes d'entraide tant qu'elle dure. La détresse
post-traumatique est un trait des personnes
endeuillées par un suicide (Freud 1917, Farberow
1967), et elle est à traiter par priorité
(Sheskin 1976, Farberow 1987). La première étape
est de libérer la parole par le "debriefing".
En l'absence de comparaisons avec tirage au sort, l'efficacité
a été tantôt admise (Joseph 1993, Kenardy
1996), tantôt contestée (Deahl 1994, Raphael
1995). Les critères étaient la présence
de troubles psychiatriques, mais ces évaluations
négligeaient par exemple les blocages de la parole
et de l'affectivité. La seconde étape relève
du neurologue spécialisé (Fauré). Le
critère de succès est la disparition des incessants
retours du choc éprouvé lors de la révélation
du suicide.
Discussion
de l'efficacité
de ce questionnaire
Actuellement, démontrer
la réalité du service rendu est la priorité,
avant d'en expliquer le mécanisme. Plusieurs
publications sont déjà favorables :
Hatton 1981 et Farberow en 1992 pour des groupes animés
par des professionnels, Pfeffer 2002 pour des groupes
d'enfants en deuil après suicide, et Constantino
2001 comparant deux groupes de veuves après suicide,
dont un seul était animé par des professionnels.
L'amélioration concernait la dépression,
le ressentiment et l'adaptation sociale. Limpression
déchec publiée par Callahan en 2000
et par Jordan 2004 peut n'être que provisoire
si l'on change d'outils.
L'évaluation par
tirage au sort des groupes d'entraide des personnes en
deuil après suicide n'est pas possible en France,
où la cause suicidaire des décès
est tenue secrète.
Il reste possible à deux groupes de se comparer,
avec ou sans la présence de professionnels. Autrement
dit, de comparer les entraides avec les aides professionnelles.
Plusieurs
de ces items se réfèrent
à une souffrance ou à un risque important.
Si un petit
nombre de ces items témoignait
fréquemment d'un changement attribué principalement
aux groupes d'entraide,
cela suffirait : non pas pour admettre que l'efficacité
soit démontrée (en l'absence de tirage au
sort),
mais assez, en pratique, pour promouvoir les groupes d'entraide.
CONCLUSION
Evaluer l'efficacité
de la postvention devient possible en utilisant un par un
les items du questionnaire proposé ci-dessus, plutôt
qu'en les agrégeant.
|