Que faire des perturbateurs,
des égoïstes, des mufles, de ceux qui interrompent
les autres participants, qui claquent la porte ou arrivent bruyamment
en retard ? On leur dit que le groupe s'excuse de n'avoir
peut-être pas su accueillir leur sentiment de frustration,
mais qu'aucune entraide n'est possible si chacun risque d'être
interrompu. Un tête à tête en dehors d'une
réunion s'impose parfois.
Que faire des demandes
impossibles à satisfaire ?
Que répondre à la veuve à court d'argent
parce que l'assurance ne paye pas ?
À celui qui arrive en état d'intoxication
ou en pleine dépression ?
À celui qui menace de se suicider, menace d'autant
plus ressentie que la même idée a traversé
la moitié des membres du groupe ?
Quand on a l'impression de
ne rien y pouvoir, le groupe perd confiance en sa propre utilité.
C'est à l'avance que chacun doit avoir été
averti des limites : ce n'est pas un groupe de
psychothérapie ni un service social, mais le groupe
reste une entraide même s'il ne satisfait pas
la totalité des besoins de ses membres.
En réunion, tel ou
tel participant pourra dire comment il a fait face à
une situation similaire, ou rencontré une assistante
sociale efficace.
Après la réunion, en tête à tête,
il pourra proposer au plaignant de l'accompagner dans une
démarche. Cela vaut mieux que des conseils.
Par exemple, certaines personnes
sont bloquées parce qu'elles revivent sans cesse la
scène de la découverte du corps. Cette "détresse
post-traumatique" relève d'un traitement professionnel
(Fauré). Répétons-le, tant qu'elle dure,
il est contre-indiqué de participes à un groupe.
Quant à la menace
de suicide, il ne faut pas feindre de l'ignorer, ni
la laisser dépendre du comportement de tel ou tel
participant.
Un animateur dit que c'est un grave souci pour le groupe
entier, que les sentiments du plaignant sont à respecter,
mais qu'il s'agit à coup sûr d'une urgence.
Après la réunion, quelqu'un proposera d'accompagner
le plaignant au service des urgences spécialisées.
En cas de refus, il l'emmènera
appeler une ligne d'écoute téléphonique
comme celle de SOS Amitié.
Il a été exceptionnel
qu'un participan d'un groupe se soit suicidé. Il
est vrai que le suicide d'un proche parent est contagieux :
le risque de suicide est multiplié au moins par six
dans la première année du deuil. Toutefois,
les groupes qui se sont succédé depuis plus
de quinze ans en Amérique du Nord en labsence
de professionnels manifestent que ce désastre a été
rarissime : le risque a été conjuré
et non aggravé dans les groupes qui ont respecté
les règles indiquées dans la Page précédente.
Il est de plus en plus admis que la postvention par le groupe
d'entraide est une prévention (Cerel). Voir aussi
la Page :
Suicide : révélations non contagieuses,
mais protectrices
Au-delà de 15 participants,
le groupe a intérêt à se subdiviser,
si les locaux s'y prêtent. Après la présentation
initiale, on propose à la catégorie la plus
nombreuse de s'isoler pendant une heure : les mères
avec les mères ou les veuves avec les veuves, etc.
Entre elles, les mères seront moins embarrassées
pour partager leurs soucis concernant leurs autres enfants
et leurs maris.
Les pères, pour partager leur remords ne ne
pas avoir vu venir.
Les surs et frères,
qui se sentent coupables d'avoir été jaloux,
qui trouvent leurs parents trop absorbés par leur propre
deuil pour comprendre leurs réactions, et qui se demandent
parfois s'il faut être mort pour être aimé.
Ensuite, tout le monde se
réunira pour écouter l'un ou l'autre dire
ce qui l'a le plus aidé, et pour les adieux.
Tous les groupes remarquent
que les hommes y sont rares. Cela s'explique en partie
parce que la plupart des morts par suicide sont des hommes,
sauf en Chine. La plupart des endeuillés sont donc
du sexe féminin.
En outre, un homme est éduqué à ne pas
se plaindre. Il a de la peine à dire ce qu'il a sur
le coeur. Il se sent plus vulnérable dans sa fierté
et son rang social devant tant de personnes.
Dans une grande ville, il
est possible et bénéfique que les hommes commencent
par se réunir dans des groupes purement masculins.
Un de leurs grands soucis est la détérioration
de leurs relations conjugales. Ils accusent souvent leurs
femmes de les croire insensibles.
Les deuils n'évoluent
pas au même rythme : l'un s'en prend au monde entier
alors que l'autre se sent coupable, ou qu'il en est à
refuser l'idée qu'il s'agisse réellement d'un
suicide, ou qu'il s'épuise à supputer le pourquoi.
Le temps du deuil
est très inégal. Quand il n'en finit pas,
l'animateur a un scrupule : il craint de donner aux
nouveaux arrivants l'impression que le groupe ne sert pas
à grand-chose. Ce scrupule est loin d'être
toujours justifié : entre "vétérans"
et "nouveaux", l'entraide est souvent réelle.
On peut tout de même proposer aux vétérans
d'essayer de se réunir entre eux de temps à
autre.
L'hétérogénéité
des groupes nuit à l'évaluation scientifique
de leur efficacité (Jordan). De toute façon,
l'aide nécessaire après un suicide doit durer
longtemps, habituellement plus d'un an, comme y insiste Leenars.
Les groupes ne conviennent
pas à tout le monde. Certaines personnes bénéficient
davantage d'une aide individuelle, soit par un professionnel,
soit par "quelqu'un qui en soit passé par là",
notamment un animateur d'un groupe d'entraide, en tête
à tête et au téléphone.
Lanimateur ignore quun
problème scientifique est en suspens. Les bienfaits
du groupe, dont il est convaincu, sont-ils supérieurs
à ceux de lévolution naturelle des deuils ?
Organiser une comparaison serait une tâche de professionnel
alors quil nest pas un professionnel du soin.
En outre, certains participants de son groupe sont peut-être
atteints de troubles psychiques quil est incapable de
diagnostiquer, et dont une comparaison organisée devrait
tenir compte.
Un outil dévaluation
est disponible : cest le questionnaire de la Page
Deuils
après suicides : évaluer les services
rendus
Ce questionnaire a le mérite
dêtre constitué des propres expressions
des personnes en deuil.
Il peut être utilisé au bout dun an dassiduité
suffisante au groupe. Il peut détailler le soulagement,
montrer ce quil a de commun et de différent chez
les participants du groupe, suggérer des points à
approfondir.
Toutefois, on ne peut pas demander à lanimateur
dorganiser la comparaison envisagée ci-dessus.
Un complément d'information
est disponible dans le fascicule de l'OMS (WHO) cité
aux Références.
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