Deuils après suicides :

comment débuter le partage

 

Pourquoi et comment
débuter un groupe d'entraide
pour partager
les deuils après suicides

Révision : 30 .07.2010    Translate

 

Quatre points essentiels :

• Partager son vécu en groupe est un bienfait : ayez confiance !
• C’est compatible avec une aide professionnelle individuelle.
• Les personnes en deuil après suicides se cachent, mais on peut les aider à se rejoindre, notamment en milieu rural.
• L’animateur du groupe, endeuillé lui-même, est un bénévole formé.

 
 

Sommaire de cette Page

Suicide : bienfaits du partage de vos deuils
Suicide : n'ayez pas peur de partager vos deuils
Suicide : comment vous rejoindre, entre endeuillés ?
Suicide : comment débuter le partage de vos deuils ?

 

• Suicide : bienfaits du partage de vos deuils

Vous n'êtes que trop nombreux à souffrir ainsi. Chaque suicide met cruellement en deuil cinq personnes (Facy). Prenons l’exemple d’un département français dont la population est moyenne : chaque année, plus de cent personnes s’y enlèvent la vie, donc 500 personnes de plus y entrent dans le deuil comme vous.

Le premier groupe d'entraide a été créé aux Etats-Unis par le psychiatre N. Farberow en 1970. Les bienfaits de cette entraide sont clairs en Amérique du nord et, plus récemment, en Australie où trente groupes d'entraide se réunissent.

Là, chaque “survivant” après le suicide d’un proche arrive à trouver les mots pour partager son vécu, à s’apercevoir que dire l'indicible est un bienfait. Le groupe donne un sentiment d’appartenance qui rompt avec l’isolement. Le groupe aide à franchir des occasions comme les dates anniversaires (OMS). Le survivant renonce lui-même à se suicider et il trouve son chemin pour se rétablir.

Les résultats de cette entraide ont été constatés par l'auteur de ce site en adhérant à l'Association Américaine de Suicidologie. Venus de tous les coins de l'Amérique profonde, les "survivants", après avoir traversé leurs deuils, m'ont impressionné par leur nombre, leur maturité et leur dynamisme au service de la prévention du suicide.
Les psychiatres et les psychologues qui dirigent l’Association encouragent ces groupes bien que ceux-ci se réunissent en leur absence, sous l'appellation de "self-help groups".
L’efficacité des groupes d’entraide est attestée par des centaines de témoignages mais, en l’absence de professionnels dans ces groupes, on doit se passer d’une confirmation scientifique.
Bien entendu, les interventionsprofessionnelles ne sont pas à écarter. Leurs résultats sont irréguliers (McDaid).

Conditions de réussite des groupes d'entraide
En Europe, on recommande un délai d’environ six mois après le choc avant de rejoindre un groupe d’entraide
(Hatton 1981, Hanus 2004).
En second lieu, s’il vous est arrivé :
- de projeter sérieusement de vous suicider à votre tour ;
- d’avoir été atteint de dépression antérieurement au suicide de votre proche ;
- d’avoir cherché l’évasion dans l’alcool ou des drogues au point d’être accroché ;
- d’être atteint de “Détresse post-traumatique” (PTSD), c’est-à-dire d’être hanté, nuit et jour, par la répétition de la scène d’horreur pendant des semaines et des mois, ce qui dégrade le sommeil et entretient une tension épuisante (Fidelle),
cela peut signifier que votre souffrance soit en partie maladive. Ce n’est ni vous, ni votre entourage qui pouvez répondre à cette question. Avant d’envisager de vous soigner, vous avez besoin d’un diagnostic, autrement dit de vous confier à votre médecin. Celui-ci conviendra avec vous d’un programme et il vous dira s’il est ou non contre-indiqué pour le moment de rejoindre un groupe d’entraide. En cas de détresse post-traumatique, ce sont des soins plutôt neurologiques que psychiatriques, l'EMDR (Eye movement desensitization & reprocessing) qui vous en délivreront (Fauré). Ces mêmes soins ont rendu auparavant fait leurs preuves chez les rescapés d'attentats, de bombardements et de combats.

 

• Suicide : n'ayez pas peur de partager vos deuils

Le plus difficile est d’avoir confiance en vous-même et dans les bienfaits de ces groupes pour aller vers les autres personnes en deuil qui se cachent comme vous l’avez peut-être fait jusqu’à présent.
Appeler à l’aide n’est jamais une honte. Votre famille et vos amis sont déjà là pour vous entourer, et le cercle va s’élargir de nouveaux amis, endeuillés comme vous l'êtes. Cela vous permettra de surmonter l’impression d’être montré du doigt, stigmatisé.

Même si vous ne vous sentez pas prêt tout de suite, cela ne veut pas dire que vous ne le serez jamais.
Ce qui vous bloque peut-être, c’est de ressasser une colère contre beaucoup de monde, tant ceux qui vous ont tourné le dos que les gens bien intentionnés qui vous ont demandé pourquoi vous n’avez pas deviné, ou qui vous ont prodigué leurs conseils, ou qui vous ont dit :
« Il n'a pas pensé à toi… Si c'était aussi terrible pour lui, cela vaut peut-être mieux pour lui… Heureusement, tu as d'autres enfants… Tu ne devrais pas aller aussi souvent sur sa tombe… Tu n'as qu'à oublier… » 
une colère peut-être aussi contre le médecin qui n'aurait pas vu venir, alors que c'est rarement discernable, même pour lui.

Vous êtes tenté de nier qu’il s’agissait d’un suicide, ou d’en accuser autrui ou vous-même, ou d’avoir cherché l’oubli dans des produits : médicaments, alcool, drogues. Ces blocages n’ont rien d’anormal.

Si une personne de votre connaissance refuse même l'idée de rejoindre un groupe, il ne reste plus qu'à lui signaler le document publié en Australie, en anglais :
Care and support pack for families and friends bereaved by suicide
Il est probable qu'ensuite elle ressentira le besoin d'aller vers un groupe ou de consulter en vue d'un diagnostic.

Vous ne pouvez pas espérer autant d'aide naturelle de votre entourage que s'il s'agissait d'un deuil ordinaire (Farberow 1992). Cette solitude aggrave votre peine. Pour partager le deuil, n'ayez pas peur de prendre l'initiative de créer un groupe,  comme l'ont publié Wroblewski 1985 et les auteurs américains du guide résumé ici (E. Dunne et K. Dunne-Maxim 1987 et 1992), qui ont souffert comme vous.
Avec les informations contenues dans ces pages et surtout avec l'expérience que vous traversez, vous serez capable d'aider d'autres endeuillés en même temps que vous-même. 

En groupe, ce sera une aventure de dire et d'entendre ce que chacun a sur le cœur : vouloir comprendre le pourquoi, exprimer une colère bien naturelle, regretter les occasions manquées, se sentir mis à l'écart.
On s'est donné mutuellement la permission de partager, on s'est engagé à ne pas se critiquer mutuellement, on se sent protégé.
Peu de mots, peu de gestes peuvent suffire pour apporter un début d'apaisement.

 
• Suicide : comment vous rejoindre, entre endeuillés ?

Pour communiquer votre numéro de téléphone aux autres familles endeuillées, vous ne pouvez pas compter sur l'administration. La France fait exception en ce que la cause suicidaire des décès n'y est pas révélée par l'état-civil, pas plus que les autres causes de décès. Dans la plupart des autres pays modernes, les animateurs de groupes n'hésitent pas à appeler les familles des personnes déclarées comme suicidées : les réactions sont habituellement empressées. 
L'enquête australienne d'A. Wilson a révélé que les personnes en deuil sous-estiment leur besoin d'aide extérieure. Même si elles ressentent ce besoin, la plupart ne savent où s'adresser.

Certaines associations vouées à l'écoute téléphonique s'imposent de travailler dans l'anonymat, comme SOS Amitié (082 066 066),  Suicide Ecoute (01 45 39 40 00)
et Fil Santé Jeunes (0800 235 236).

Votre pharmacien, votre entreprise de pompes funèbres et le chef de l'institut médico-légal ont recueilli bien des confidences, ils ont une tradition de discrétion, mais rien ne leur interdit de communiquer votre numéro de téléphone si vous le leur demandez et si votre projet leur inspire confiance. Le service psychiatrique de votre secteur acceptera-t-il de servir d'intermédiaire, une fois clairement prouvé que votre but n'est pas de le court-circuiter ?

Vos autres pistes seront le bouche à oreille, les sectes (qui vous prendraient de plus en plus d'argent et qui détruiraient les relations qui vous restent) et surtout les associations, par exemple :

- Deuil Suicide (Familles rurales, Sarthe)
Vivre son deuil, 01 42 38 08 08
,  7 rue Taylor, 75010 Paris  Autour de cette dernière se sont fédérées en Interassociation :
- JALMALV (Jusqu'à la mort accompagner la vie) 132 rue du Fg St Denis, 75010 Paris. T. 01 40 35 89 40
- FAVEC (conjoints Survivants) 28 place St-Georges, 75009 Paris, T. 01 42 85 18 30

- ASP Paris (soins palliatifs) 44 rue Blanche, 75009 Paris, T. 01 45 26 58 56

- Centre Fr-Xavier Bagnoud, Fondat. Croix St Simon, 125 rue d'Avron, 75960 Paris Cx 20, T. 01 44 64 43 50. Courriel : fxb@croix-saint-simon.org

- Choisir l'espoir, Apprivoiser l'absence, 1 square de l'Atlantique,  92160 Antony,  T. 01 46 66 53 61

- Fédération Naître et Vivre, 5 rue Lapérouse, 75116 Paris, T. 01 47 23 05 08

- FIAV (veuves et veufs) 10 rue Cambacérès, 75008 Paris, T. 0140 07 04 32

- Jonathan Pierres Vivantes (Animateurs catholiques qui se consacrent aux parents qui ont perdu un enfant) 61 rue de la Verrerie, 75004 Paris, T. 01 42 96 36 51 

- Les Petits Frères des Pauvres, 64 avenue Parmentier, 75011 Paris, T. 01 48 06 45 00

Hors Ile de France, consulter l'Association Vivre son deuil. En particulier, JALMALV est disponible à Amiens, Annecy, Avignon, Beauvais, Besançon, Charleville-Mézières, Espeluche, Grenoble, Issoudun, Marseille, Nogent-le Roi, Strasbourg, Valence, Vienne.

Vivre son deuil réunit pendant deux heures, toutes les deux semaines d'octobre à mars, 4 à 6 endeuillés autour de deux animateurs professionnels qui les ont préalablement reçus individuellement. Les participants s'expriment librement sur leur état actuel et sur leurs souvenirs. L'âge minimum des participants est de 16 ans, parce que le deuil a des caractères particuliers chez les enfants (Hanus, Mitchell, Hoffmann).

D'autres associations aident les personnes en deuil, que les deuils soient ou non consécutifs à des suicides. Elles aussi peuvent communiquer votre numéro de téléphone mais il est entendu qu'un groupe ne doit pas mêler les endeuillés du suicide avec les autres. Citons les associations réunies dans l'UNPS, Union Nationale pour la Prévention du Suicide
(36 rue de Gergovie, 75014 Paris, Tel 01 45 45 68 81) :

- Phare Enfants-Parents, 5 rue Guillaumot, 75012 Paris, T. 01 42 66 55 55 et 0810 810 987
- Suicide Écoute 01 45 39 40 00 ; Renseignements : 01 45 39 93 74

- Recherche et Rencontres,  01 42 78 79 10 ou 19 87 ; 61 rue de la Verrerie, 75004 Paris,

- SOS Suicide Phénix 01 40 44 46 45 ; 36 rue de Gergovie, 75014 Paris,
- Jonathan Pierres vivantes cité ci-dessus
- Urgences Psychiatrie, 17 avenue de Clichy, 75017 Paris,
T.: 01 45 22 44 44
- SOS Amitié, 11 rue des Immeubles Industriels, 75011 Paris, T. 01 40 09 15 22

- SOS Chrétiens à l'écoute, BP 340, 75625 Paris Cedex 13, T. 01 45 35 55 56

- CNDT (à Lyon), 04 72 10 94 30.

Ces associations ont misé sur la qualité, en limitant les effectifs à six endeuillés et en bénéficiant de la présence de deux animateurs professionnels ayant reçu une formation.

Ces principes sont irréprochables, mais en contrepartie trop peu d'endeuillés en bénéficient, pour plusieurs motifs. Les organisateurs, suivant la règle qui s'impose aux professionnels, attendent que la demande se manifeste, alors que l'information circule mal.
L'association Vivre son deuil sélectionne les participants : sur 120 contacts par an, 40 souhaitent bénéficier d'un groupe et une douzaine seulement sont admis par le Dr. Hanus, non sans un engagement de participer aux douze réunions.
N. Farberow, fondateur du premier groupe d’entraide en 1970, relate ainsi en 2008 ses échecs initiaux : “Nous avons tenté plusieurs fois d’offrir des conseils, mais avec peu de succès : les clients quittaient les groupes… Nous leur offrions de la thérapie comme s’ils étaient des malades. Ce n’est pas cela qu’ils attendaient… Ce n’étaient pas des malades mentaux, mais des personnes en détresse qui avaient besoin de partager ce qu’elles éprouvaient.”
Les groupes animés par des professionnels sont hors d'état de satisfaire le besoin, surtout en milieu rural, si l'on se rappelle que le nombre des personnes en deuil après suicides s'accroît de 50 000 par an.

Très insuffisants en quantité, ces groupes animés par des professionnels ont le mérite de leur qualité et de leur degré de sécurité. En France à la différence de l'Amérique et de l'Australie, ces excellents professionnels objectent aux groupes d'entraide réunis en leur absence le risque du suicide d'un de leurs adhérents.
Ce scrupule est tout à leur honneur mais c'est le contraire qui est arrivé. Les suicides ont été absolument exceptionnels au sein des groupes d'entraide, sans commune mesure avec les statistiques sur la contagiosité du suicide : les personnes étaient nombreuses à arriver dans les groupes avec des idées suicidaires mais elles en ont été délivrées. Quand les groupes d'entraide se développent à la mesure des énormes besoins, ils préviennent bien davantage de suicides par contagion que les trop rares groupes animés par des professionnels.
On y reviendra dans la Page consacrée à l'évaluation de l'efficacité :
Deuils après suicides : évaluer les services rendus par les postventions

Pour aider les personnes en deuil à se rencontrer, deux suggestions nouvelles sont venues de Belgique : lancer une "Journée nationale du deuil après suicide" ;
et persuader les professionnels éprouvés par le suicide d'un de leurs clients d'oser prendre contact avec la famille en deuil pour lui proposer une aide de longue durée : par un professionnel puis par un groupe d'entraide.

C'est en milieu rural que la proportion des suicides est la plus élevée et que les ressources d'aide manquent le plus. Il me paraît souhaitable que des associations implantées dans des départements ruraux y créent chacune trois ou quatre lieux de boîtes aux lettres.
Le médecin ou le pharmacien confident d’un suicide, si la personne en deuil est majeure et n'a pas de contre-indication à un groupe d'entraide pourrait suggérer que cette personne se rende à l’une de ces Boîtes aux lettres (par exemple une pharmacie) et y consulte un imprimé qui explique les bienfaits de ces groupes d’entraide, en s'inspirant de cette Page et de
Deuils après suicides : règles et coutumes des groupes d'entraide

Si elle le désire, la personne en deuil déposerait alors trois ou quatre enveloppes timbrées à ses nom et adresse. La suivante utiliserait une des enveloppes pour correspondre tout en déposant les siennes. Et ainsi de suite.
L'association serait tenue au secret concernant ces enveloppes, qui ne seraient remises qu’à des personnes majeures se déclarant en deuil après un suicide avéré ou présumé, adressées par leur médecin ou un autre confident naturel. Ce service nouveau serait totalement gratuit, à la différence de ce que proposent les sectes.
Un peu plus tard, l'association tiendrait à disposition un second imprimé inspiré de Deuils après suicides : difficultés des groupes d'entraide
L'association n’endosserait aucune autre responsabilité que la mise en contact.

Naturellement, l'association indiquerait les boîtes aux lettres aux confidents naturels : médecins, pharmaciens (avec l’assentiment à solliciter auprès de leur Ordre), infirmières, assistantes sociales, Mutualité sociale agricole, pompiers, bibliothèques, journaux locaux, radios locales, associations, pompes funèbres peut-être.

Déjà, l'Ordre des médecins d'un département rural (le Gard) a donné son accord de principe dans son bulletin.

Par conséquent, malgré votre détresse et même votre sentiment de nullité, ayez confiance en vous-même et ayez confiance dans les résultats acquis par vos semblables en Amérique du Nord pour aller vers les autres qui se cachent après vous être formé à écouter ce qui leur est arrivé comme à vous.

 

• Suicide : comment débuter le partage de vos deuils ?

Ne soyez pas seul à fonder votre premier groupe : soyez deux animateurs à recevoir ensemble une formation dispensée par les pages qui suivent et par une association ou un professionnel : formation à l'écoute, au deuil et à l'animation des groupes.

Prudemment, limitez à huit personnes l'effectif initial de votre premier groupe et prévoyez qu'il pourra y avoir des abandons. On estime qu'un endeuillé sur deux, après suicide, sera capable d'assiduité au groupe d'entraide. C'est immense, si l'on se rappelle votre nombre.

À chaque nouveau candidat pour se joindre au groupe, l'animateur indique comment se procurer la présente page. En second lieu, il souhaite que le candidat apporte un certificat médical d'absence de contre-indication. Enfin, un mineur ne sera admis au groupe de parole qu'en compagnie d'au moins l'un de ses parents.

En l'absence d'un groupe, ce serait déjà une aide que d'inciter les personnes en deuil à partager leur vécu par écrit. Cela pourrait prendre la forme d'un blog (Wong). On peut leur proposer encore de créer une œuvre d’art, de ne pas craindre d’exprimer leur ressenti, ou même de se rencontrer hors d’un groupe (OMS).

 

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Relire ci-dessus :

Suicide : bienfaits du partage de vos deuils
Suicide : n'ayez pas peur de partager vos deuils
Suicide : comment vous rejoindre, entre endeuillés ?
Suicide : comment débuter le partage de vos deuils ?

 

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Cette correspondance restera confidentielle.

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